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Droit de la Filiation - Vue générale | G-Droit
👶 Droit des personnes et de la famille

Droit de la Filiation
Vue générale

Le lien juridique fondamental qui unit l'enfant à ses parents : notion, principes directeurs, établissement, effets et contestation.

⚖️ Art. 310+ Code civil
📅 2005 Réforme majeure
🔄 3 Types de filiation

🎯 Notion de filiation

A. Définition juridique

La filiation constitue le lien de droit qui unit un enfant à ses parents. Notion juridique fondamentale, elle établit la parenté à partir de laquelle se construit et se développe la société. Historiquement et universellement, la filiation est comprise comme une investiture sociale, une institution constitutive de famille réunissant enfants et parents.

📚 Éclairage doctrinal

« L'établissement de la filiation crée le lien de droit entre l'enfant et son parent, ses parents. Le mode d'établissement du lien de filiation est divers, mais toujours nécessaire. Tant que la filiation n'est pas établie, elle n'existe pas en tant que telle. La filiation de fait ne produit aucun effet de filiation. »

— R. Le Guidec et R. Clouet, Rép. civ. Dalloz, V° Filiation biologique, 2025

L'établissement de la filiation engendre ainsi la création d'un lien juridique entre l'enfant et ses parents ; elle fait entrer l'enfant dans la famille de son père, de sa mère. En ce sens, la filiation se distingue de la simple procréation biologique : elle est une construction juridique qui transforme un fait naturel en situation de droit.

B. Filiation, parenté et famille

La filiation établie constitue la parenté, liant l'enfant à son parent. Cette parenté peut être double (paternelle et maternelle) ou simple, selon que la filiation est établie des deux côtés ou d'un seul. La parenté établie entraîne toutes les conséquences personnelles, juridiques et sociales qui y sont attachées pour les relations réciproques parents-enfants.

Par l'établissement de sa filiation, l'enfant s'inscrit dans une lignée familiale et généalogique, paternelle et maternelle. Cette lignée est elle-même double : la ligne directe ascendante et la ligne collatérale composent ensemble la parenté à considérer. L'enfant dont la filiation est établie se trouve ainsi intégré dans le groupe familial étendu par des liens de parenté commune à tous ses membres.

C. Caractères de la filiation

Élément de l'état civil de la personne, la filiation se voit appliquer un régime juridique spécifique caractérisé par plusieurs traits fondamentaux :

🏛️
Ordre public
La filiation relève de la compétence législative selon l'article 34 de la Constitution (« état et capacité des personnes »). La loi définit rigoureusement les modes d'établissement.
🔒
Indisponibilité
Les actions relatives à la filiation ne peuvent faire l'objet d'une renonciation anticipée ni d'une transaction (art. 323 C. civ.).
🌐
Opposabilité erga omnes
La filiation légalement établie produit ses effets à l'égard de tous, ce qui démontre l'importance attachée à la parenté dans l'ordre social.
📜
Élément d'identification
La filiation figure dans l'acte de naissance et constitue une composante majeure de l'état civil, identifiant la personne personnellement et familialement.

⚖️ Principes directeurs du droit de la filiation

Le droit contemporain de la filiation est structuré autour de trois principes fondamentaux qui guident tant l'établissement que la contestation des liens de filiation. Ces principes, parfois en tension, doivent être conciliés par le juge et le législateur.

1

Principe d'égalité

Depuis l'ordonnance du 4 juillet 2005, tous les enfants dont la filiation est légalement établie disposent des mêmes droits et devoirs, sans distinction selon les circonstances de leur naissance (dans ou hors mariage). La distinction entre filiation « légitime » et « naturelle » a été abolie.

2

Principe de vérité

Le droit favorise la correspondance entre la filiation juridique et la réalité biologique. L'expertise génétique est « de droit » en matière de filiation, sauf motif légitime de refus (Cass. 1ʳᵉ civ., 28 mars 2000). Toutefois, ce principe est tempéré par la prise en compte de la « vérité sociologique » (possession d'état).

3

Principe de stabilité

Le droit protège les liens de filiation solidement établis. La concordance du titre et de la possession d'état pendant 5 ans rend la filiation incontestable (art. 333 C. civ.). Ce principe traduit la volonté de sécuriser les situations familiales constituées.

4

Principe de chronologie

« Tant qu'elle n'a pas été contestée en justice, la filiation légalement établie fait obstacle à l'établissement d'une autre filiation qui la contredirait » (art. 320 C. civ.). Ce principe prévient les conflits de filiation.

L'articulation vérité biologique / vérité sociologique

Le droit de la filiation oscille entre deux conceptions de la « vérité » :

Vérité biologique Vérité sociologique
Correspond au lien génétique entre l'enfant et ses géniteurs Correspond à la filiation vécue, au lien affectif et social
Prouvée par expertise biologique (ADN) Prouvée par la possession d'état
Favorisée par les actions en recherche de paternité/maternité Favorisée par la consolidation des liens établis
Principe : expertise « de droit » (Cass., 28 mars 2000) Principe : incontestabilité après 5 ans de possession d'état conforme au titre
💡 Point de synthèse

Le droit français de la filiation ne consacre pas la primauté absolue de la vérité biologique. Il recherche un équilibre entre la réalité génétique et la réalité affective et sociale, en fonction de l'intérêt de l'enfant et de la stabilité des situations familiales. Comme l'a souligné le Professeur Fulchiron, le nouveau droit de la filiation repose sur un triptyque : « Égalité, vérité, stabilité ».

📜 Évolution historique du droit de la filiation

L'histoire du droit de la filiation se caractérise par le passage progressif de la hiérarchie à l'égalité. Cette évolution, largement influencée par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, s'est réalisée en plusieurs étapes décisives.

Avant 1972 – L'inégalité des filiations
Discrimination entre enfants légitimes et naturels
L'établissement de la filiation adultérine ou incestueuse était prohibé. Les enfants adultérins ou incestueux ne pouvaient prétendre qu'à des aliments. L'enfant naturel simple n'entrait pas dans la famille de son auteur ; sa vocation successorale était limitée avec des droits réduits en présence d'enfants légitimes.
Loi du 3 janvier 1972
Première étape vers l'égalité
Cette loi, animée par deux préoccupations convergentes (consacrer la vérité biologique et poser le principe d'égalité), énonce que « l'enfant naturel a en général les mêmes droits et les mêmes devoirs que l'enfant légitime ». Cependant, des restrictions subsistent au détriment des enfants adultérins en matière successorale.
CEDH, 1ᵉʳ février 2000 – Arrêt Mazurek c/ France
Condamnation des discriminations successorales
La Cour européenne des droits de l'homme condamne la France : l'article 760 du Code civil (réduisant de moitié les droits successoraux de l'enfant adultérin) est contraire à l'article 1ᵉʳ du Protocole n° 1 combiné avec l'article 14 de la Convention.
Loi du 3 décembre 2001
Suppression des discriminations patrimoniales
Tirant les conséquences de l'arrêt Mazurek, le législateur abroge toutes les dispositions discriminatoires à l'encontre des enfants adultérins et naturels simples en matière patrimoniale (art. 759 s., 908, 915 C. civ. anciens).
Loi du 4 mars 2002
Proclamation solennelle de l'égalité
Le nouvel article 310-1 proclame : « Tous les enfants dont la filiation est légalement établie ont les mêmes droits et les mêmes devoirs dans les rapports avec leur père et mère. Ils entrent dans la famille de chacun d'eux. »
Ordonnance du 4 juillet 2005 (entrée en vigueur 1ᵉʳ juillet 2006)
Réforme majeure – Unification des filiations
Suppression de la distinction entre filiation légitime et naturelle. Harmonisation des modes d'établissement (notamment unification de la filiation maternelle par l'art. 311-25). Simplification et unification des actions en contestation. Suppression de la légitimation. Sécurisation du lien de filiation.
Loi du 16 janvier 2009
Ratification et modifications
Ratification de l'ordonnance de 2005 avec des modifications valorisant la présomption de paternité : rétablissement de plein droit en cas de possession d'état, possibilité pour le mari de reconnaître l'enfant, priorité de la paternité du mari en cas de conflit (art. 336-1).
Loi du 2 août 2021 (bioéthique)
Ouverture de la PMA et nouvel article 6-2
Ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes non mariées. Création de la reconnaissance conjointe anticipée. Abrogation de l'article 310 et insertion du principe d'égalité à l'article 6-2 du Code civil (titre préliminaire).

📊 Les différents types de filiation

La diversité des filiations est ancienne, mais chacune d'elles a connu une évolution significative. Aujourd'hui, la notion de filiation demeure unitaire dans ses effets, tout en étant plurielle dans ses modes d'établissement.

Architecture générale du droit de la filiation
LA FILIATION
Lien juridique enfant-parent
Filiation biologique
Titre VII du Code civil
≈ 99 % des naissances
Filiation adoptive
Titre VIII du Code civil
Plénière ou simple
Filiation par PMA
Avec tiers donneur
Reconnaissance conjointe
🧬
Filiation biologique (par le sang)
Rattachement de l'enfant à ses père et mère qui l'ont engendré par procréation charnelle. Elle correspond à l'immense majorité des enfants venant à naître (environ 99 %). C'est une « filiation anthropologique » où la nature devient droit par l'établissement de la filiation.
💝
Filiation adoptive
Filiation volontaire établie par jugement dans l'intérêt de l'enfant. Deux formes : l'adoption plénière (filiation substitutive, rupture avec la famille d'origine) et l'adoption simple (filiation additive, maintien des liens avec la famille d'origine).
🔬
Filiation par PMA avec tiers donneur
Depuis la loi du 2 août 2021, ouverte aux couples hétérosexuels, aux couples de femmes et aux femmes non mariées. La filiation est établie par reconnaissance conjointe anticipée devant notaire pour les couples de femmes, ou selon le droit commun pour les couples hétérosexuels.
⚠️ Cas particulier : la gestation pour autrui (GPA)
La GPA demeure prohibée en France (art. 16-7 C. civ. : « Toute convention portant sur la procréation ou la gestation pour le compte d'autrui est nulle »). Toutefois, la jurisprudence admet désormais, sous certaines conditions, la transcription des actes d'état civil étrangers établissant la filiation d'enfants nés de GPA à l'étranger (Cass. ass. plén., 4 octobre 2019).

📝 Modes d'établissement de la filiation

L'établissement de la filiation crée le lien juridique entre l'enfant et son parent. Sans établissement légal, aucun effet de filiation ne peut se produire. Le droit français distingue les modes extrajudiciaires (sans intervention du juge) et les modes judiciaires d'établissement.

Vue d'ensemble des modes d'établissement
ÉTABLISSEMENT DE LA FILIATION
Modes extrajudiciaires
Sans intervention du juge
Modes judiciaires
Par décision de justice
1. Effet de la loi
Automatique
2. Reconnaissance
Volontaire
3. Possession d'état
Acte de notoriété
4. Jugement
Actions en recherche

A. Établissement par effet de la loi

1. Filiation maternelle : désignation dans l'acte de naissance

Depuis l'ordonnance de 2005, la simple indication du nom de la mère dans l'acte de naissance suffit à établir la filiation maternelle. Cette règle s'applique uniformément, que la mère soit mariée ou non. L'ancienne distinction entre la mère mariée (dont la maternité résultait de la présomption de légitimité) et la mère non mariée (qui devait reconnaître l'enfant) a disparu. Cette unification constitue l'un des apports majeurs de la réforme de 2005.

⚠️ Exception : L'accouchement sous X (art. 326 C. civ.)
« Lors de l'accouchement, la mère peut demander que le secret de son admission et de son identité soit préservé. » Dans ce cas, aucune filiation maternelle n'est établie. Cette faculté a été validée par la CEDH (CEDH, gr. ch., 13 févr. 2003, Odièvre c/ France) dans la mesure où l'enfant conserve un droit d'accès à ses origines.

2. Filiation paternelle : présomption de paternité du mari

La présomption de paternité (« Pater is est quem nuptiae demonstrant ») constitue un effet du mariage. Elle repose sur deux fondements : le devoir de cohabitation et le devoir de fidélité entre époux, qui rendent vraisemblable la paternité du mari. Elle s'applique aux enfants conçus ou nés pendant le mariage.

Situation Présomption Fondement
Enfant né pendant le mariage ✅ Applicable Art. 312 C. civ.
Enfant conçu pendant le mariage, né après dissolution ✅ Applicable (dans les 300 jours) Art. 312 + période légale de conception
Acte de naissance ne désigne pas le mari ❌ Écartée Art. 313 C. civ.
Séparation légale des époux (divorce, séparation de corps) ❌ Écartée Art. 313 C. civ.
Enfant né plus de 300 jours après dissolution ❌ Écartée Hors période légale
📌 Rétablissement de la présomption (art. 314)

Lorsque la présomption est écartée en vertu de l'article 313, elle « retrouve de plein droit son effet » si l'enfant a la possession d'état à l'égard du mari et s'il n'a pas de filiation paternelle déjà établie envers un tiers. La loi de 2009 a ainsi renforcé la présomption de paternité.

B. Établissement par reconnaissance

La reconnaissance est un acte juridique unilatéral par lequel une personne déclare être le père ou la mère d'un enfant. Elle permet d'établir la filiation lorsque celle-ci n'est pas établie par effet de la loi (art. 316 C. civ.).

📋
Nature et caractères
Acte unilatéral et personnel (émanant du seul auteur)
Acte déclaratif (effet rétroactif à la naissance)
Acte irrévocable (art. 316 al. 5)
Acte indivisible
Moment de la reconnaissance
Avant la naissance (reconnaissance prénatale)
Lors de la déclaration de naissance
À tout moment après la naissance
Même après le décès de l'enfant (si postérité)
✍️
Conditions de forme
Acte authentique obligatoire
Devant officier d'état civil ou notaire
Mentions obligatoires d'identité
Publicité en marge de l'acte de naissance

C. Établissement par possession d'état constatée

La possession d'état est une situation de fait révélant l'existence d'un lien de filiation vécu entre un enfant et son parent prétendu. Elle peut servir à établir la filiation lorsqu'elle est constatée par un acte de notoriété délivré par le notaire (depuis la loi du 18 novembre 2016, transférant cette compétence du juge au notaire).

📚 Qualités requises de la possession d'état (art. 311-2 C. civ.)

Pour produire ses effets, la possession d'état doit être :

Continue : elle suppose une durée, une habitude, des faits répétés sur une certaine période
Paisible : non fondée sur la violence ou la fraude
Publique : connue de l'entourage familial et social
Non équivoque : sans contradiction, univoque dans sa signification

D. Établissement judiciaire

Lorsque la filiation ne peut être établie par les modes extrajudiciaires, des actions en justice permettent de faire reconnaître judiciairement le lien de filiation. Le tribunal judiciaire est seul compétent en matière de filiation (art. 318-1 C. civ.).

Action Objet Délai de prescription
Recherche de maternité (art. 325) Établir la filiation maternelle 10 ans à compter de la majorité
Recherche de paternité (art. 327) Établir la filiation paternelle hors mariage 10 ans à compter de la majorité
Rétablissement de présomption (art. 329) Rétablir la présomption de paternité écartée 10 ans à compter de la majorité
Constatation de possession d'état (art. 330) Faire constater judiciairement la possession d'état 10 ans à compter de la cessation ou du décès

⚡ Effets de la filiation

Une fois légalement établie, la filiation produit des effets juridiques majeurs tant sur le plan personnel que patrimonial. Elle constitue un élément fondamental de l'état civil de la personne, l'identifiant personnellement et familialement.

👤
Nom de famille
L'enfant reçoit le nom de son père, de sa mère, ou les deux accolés dans l'ordre choisi par les parents (art. 311-21 C. civ.). Le principe est celui du libre choix parental, symbolique de l'égalité parentale.
🇫🇷
Nationalité
« Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français » (art. 18 C. civ.). La filiation confère ainsi la nationalité des parents à l'enfant (jus sanguinis).
👨‍👩‍👧
Autorité parentale
Les parents exercent conjointement l'autorité parentale : droits et devoirs de protection, d'éducation et d'entretien de l'enfant (art. 371 s. C. civ.). L'autorité parentale constitue une fonction sociale majeure.
🍽️
Obligation alimentaire
Devoir alimentaire réciproque entre parents et enfants (art. 205 et 371-2 C. civ.), expression d'une solidarité familiale élémentaire et constante.
📜
Droits successoraux
L'enfant est héritier du premier ordre (art. 734 C. civ.) et héritier réservataire (art. 912 C. civ.). « La loi ne distingue pas selon les modes d'établissement de la filiation » (art. 733).
🏠
Entrée dans la famille
L'enfant entre dans la famille de chacun de ses parents (art. 6-2), s'inscrivant dans la lignée familiale, généalogique, paternelle et maternelle.
📚 Fonction sociale de la filiation

« La filiation, instituée, constitue la transmission générationnelle du parent à l'enfant. La transmission recouvre plusieurs aspects : la vie, élémentairement, aussi la culture, la morale, la situation sociale... Patrimoine génétique et patrimoine social sont objets de la transmission. La généalogie personnelle constitue une référence active dans la propre vie de chacun. Elle fonde et légitime le droit d'accès aux origines qui irradie dans le droit moderne de la filiation. »

— R. Le Guidec et R. Clouet, Rép. civ. Dalloz, V° Filiation biologique, 2025

⚔️ Contestation de la filiation

La filiation légalement établie peut être contestée pour en démontrer le caractère mensonger. L'ordonnance de 2005 a unifié les actions en contestation, supprimant les distinctions antérieures entre filiation légitime et naturelle, et simplifiant considérablement le régime applicable.

A. Prévention des conflits de filiation

Ce principe préventif évite la multiplication des conflits de filiation en imposant de contester préalablement une filiation existante avant d'en établir une nouvelle contradictoire.

B. Régime de la contestation selon la concordance titre/possession d'état

Sécurisation du lien de filiation (art. 333 C. civ.)
Titre + Possession d'état
CONCORDANTS
Titre seul ou
Possession seule
SANS CONCORDANCE
Protection renforcée
Titulaires limités
Prescription 5 ans
Incontestabilité après 5 ans
Action ouverte
Tout intéressé
Délai 10 ans

Cette disposition traduit la volonté du législateur de sécuriser les liens de filiation solidement établis. La « vérité sociologique » (filiation vécue) prime alors sur la vérité biologique après un délai de 5 ans de concordance entre le titre et la possession d'état. C'est l'expression du principe de stabilité.

C. Règles communes aux actions en contestation

Aspect Règle applicable
Compétence Tribunal judiciaire exclusivement (art. 318-1 C. civ.)
Indisponibilité Renonciation et transaction interdites (art. 323 C. civ.)
Prescription de droit commun 10 ans (art. 321 C. civ.)
Preuve Expertise biologique « de droit » sauf motif légitime (Cass., 28 mars 2000)
Effet du jugement Rétroactif – anéantissement ab initio de la filiation

🚫 Interdiction de la double filiation incestueuse

Cette prohibition vise l'inceste absolu (entre ascendants et descendants en ligne directe, ou entre frères et sœurs). L'enfant issu d'un tel inceste ne peut voir sa double filiation établie. Cette règle, qui constitue une exception au principe d'égalité des filiations, repose sur des considérations d'ordre moral et de protection de l'enfant : éviter la révélation des circonstances de sa naissance.

⚠️ Conséquences pratiques
• L'officier d'état civil doit refuser d'enregistrer une reconnaissance contraire à l'article 310-2
• Si la double filiation a été établie par erreur, le procureur de la République doit engager une action en annulation
• L'adoption ne permet pas de contourner cette prohibition (Cass. 1ʳᵉ civ., 6 janvier 2004)
• Des subsides peuvent néanmoins être réclamés au second parent biologique
📚 Précision terminologique

Il convient de distinguer l'inceste absolu (art. 161-162 : ligne directe et collatérale au 2ᵉ degré) de l'inceste relatif (art. 163-164 : collatéraux au 3ᵉ degré, alliés). Pour l'inceste relatif, l'établissement de la double filiation est possible dans les mêmes conditions que pour tout enfant né hors mariage ; seul l'inceste absolu fait obstacle à l'établissement du second lien de filiation.

🗺️ Synthèse : les points essentiels

💡 À retenir

1. La filiation est le lien de droit unissant l'enfant à ses parents. Sans établissement légal, la filiation de fait ne produit aucun effet.

2. Tous les enfants sont égaux en droits, quelle que soit leur filiation (art. 6-2 C. civ.). La distinction filiation légitime/naturelle a été abolie en 2005.

3. Trois modes extrajudiciaires d'établissement : effet de la loi (acte de naissance, présomption de paternité), reconnaissance volontaire, possession d'état constatée par acte de notoriété.

4. L'expertise biologique est « de droit » en matière de filiation, sauf motif légitime de refus (Cass., 28 mars 2000).

5. La possession d'état conforme au titre pendant 5 ans rend la filiation incontestable (art. 333 C. civ.) : la vérité sociologique prime alors sur la vérité biologique.

6. La filiation fait entrer l'enfant dans la famille de chacun de ses parents avec tous les effets qui s'y attachent : nom, nationalité, autorité parentale, aliments, succession.

7. La double filiation incestueuse absolue est prohibée (art. 310-2 C. civ.).

Vue d'ensemble du système français de filiation
FILIATION LÉGALEMENT ÉTABLIE
Condition sine qua non des effets
MATERNELLE
Art. 311-25 / Reconnaissance / Jugement
PATERNELLE
Présomption / Reconnaissance / Jugement
EFFETS ÉGAUX
Nom • Nationalité • Autorité parentale • Aliments • Succession
CONTESTATION POSSIBLE
Art. 332 s. C. civ.
SAUF INCONTESTABILITÉ
Titre + possession 5 ans