Les effets du pourvoi en cassation — G-Droit
⚖️ Procédure civile

Les effets du pourvoi
en cassation

Saisine, absence d'effet suspensif, exceptions et absence d'effet dévolutif : maîtrisez toutes les conséquences juridiques du recours devant la Cour suprême.

🏛️ 4 Effets majeurs
📜 Art. 579 CPC — Clé
3 Exceptions

🎯 La saisine de la Cour de cassation et l'effet interruptif

Le dépôt d'une déclaration de pourvoi produit un double effet immédiat : d'une part, il opère la saisine de la juridiction suprême, d'autre part, il interrompt les délais de prescription et de forclusion applicables à l'espèce. Il importe de bien distinguer ces deux conséquences, car chacune répond à une logique propre et emporte des implications distinctes pour les parties au litige.

📌 Déclaration de pourvoi en cassation
🏛️ Saisine de la Cour
La Haute juridiction reste saisie jusqu'au prononcé de sa décision, sauf désistement ou péremption d'instance.
⏱️ Interruption des délais
Les délais de prescription et de forclusion sont interrompus, même si la déclaration est entachée d'un vice de forme.
🔚 Fin de la saisine
Prononcé de l'arrêt, renonciation expresse ou tacite au recours (notamment en cas de non-dépôt du mémoire ampliatif), ou péremption constatée par le premier président (art. 1009-2 et 1009-3 CPC).

La persistance de la saisine

📐 Principe
Dès lors que la déclaration de pourvoi est régulièrement déposée au greffe, la Cour de cassation demeure saisie du litige jusqu'à ce qu'elle rende son arrêt. Toutefois, cette saisine peut prendre fin de manière anticipée dans trois hypothèses distinctes. Il appartient au demandeur au pourvoi de veiller à la poursuite régulière de la procédure, faute de quoi il s'expose à une extinction de l'instance sans examen au fond.

💡 En pratique — Causes d'extinction anticipée

La saisine de la Cour suprême s'éteint prématurément dans trois cas : le demandeur au pourvoi renonce expressément à son recours, il est réputé y avoir renoncé faute d'avoir déposé son mémoire ampliatif dans les délais prescrits, ou le premier président prononce la péremption de l'instance sur le fondement des articles 1009-2 et 1009-3 du Code de procédure civile.

L'effet interruptif de la déclaration de pourvoi

➡️ Effet
La portée interruptive de la déclaration de pourvoi mérite une attention particulière. Le législateur et la jurisprudence ont entendu protéger le demandeur au pourvoi contre l'écoulement des délais pendant la durée de l'instance de cassation. En conséquence, la seule formalisation du recours suffit à interrompre les délais de prescription et de forclusion, et ce indépendamment de toute irrégularité formelle susceptible d'affecter la déclaration.

🔨 Jurisprudence — Effet interruptif malgré un vice de forme

La deuxième chambre civile de la Cour de cassation a solennellement affirmé, dans un arrêt du 2 mars 2023 (n° 20-20.065, FS-B), que la déclaration de pourvoi produit son effet interruptif à l'égard des délais de prescription et de forclusion alors même qu'elle serait entachée d'un vice de forme. Cette solution témoigne de la volonté du juge de cassation de ne pas pénaliser le justiciable pour une irrégularité procédurale n'affectant pas la substance du recours.

›› Maintenant que la saisine et l'effet interruptif sont acquis, une question essentielle se pose : la décision attaquée peut-elle continuer à produire ses effets pendant l'instance de cassation ?

🚫 L'absence d'effet suspensif du pourvoi

📐 Principe
Le pourvoi en cassation constitue une voie de recours extraordinaire, ce qui emporte une conséquence déterminante : sauf exceptions légales strictement délimitées, il ne suspend pas l'exécution de la décision frappée de pourvoi. Ce caractère non suspensif découle directement de l'article 579 du Code de procédure civile, aux termes duquel « le recours par une voie extraordinaire et le délai ouvert pour l'exercer ne sont pas suspensifs d'exécution si la loi n'en dispose autrement ». Il s'agit là d'un pilier de l'architecture procédurale française, qui privilégie l'autorité des décisions rendues par les juges du fond.

⚖️ Texte légal — Article L. 111-11 du Code des procédures civiles d'exécution

Ce texte confirme et renforce le principe en disposant que, sauf disposition contraire, « le pourvoi en cassation en matière civile n'empêche pas l'exécution de la décision attaquée » et que « cette exécution ne pourra donner lieu qu'à restitution ; elle ne pourra en aucun cas être imputée à faute ».

📐 Le principe posé

Le pourvoi en cassation, voie de recours extraordinaire, ne paralyse ni l'autorité ni la force exécutoire de la décision contestée. Celle-ci demeure pleinement efficace et s'impose aux parties aussi longtemps que la Cour de cassation n'a pas statué.

⚡ La justification

Cette solution se justifie par la nature même du contrôle de cassation : la Haute juridiction ne constitue pas un troisième degré de juridiction, et il serait contraire à la bonne administration de la justice que chaque pourvoi, même dilatoire, puisse paralyser l'exécution d'une décision rendue au terme d'un débat contradictoire complet.

⚡ Les conséquences concrètes de l'absence d'effet suspensif

Le caractère non suspensif du pourvoi irrigue l'ensemble du régime applicable à la décision frappée de recours. Plusieurs conséquences pratiques majeures en découlent, tant pour la partie qui a obtenu gain de cause que pour celle qui a formé le pourvoi.

Conséquence Contenu de la règle Fondement
Titre exécutoire maintenu La décision frappée de pourvoi conserve la qualité de titre exécutoire et peut fonder des mesures d'exécution forcée. Cass. 2e civ., 9 nov. 1983
Exécution non fautive Celui qui exécute la décision attaquée ne commet aucune faute, même si la cassation intervient ultérieurement. Art. L. 111-11 CPCE ; Cass. 3e civ., 15 févr. 1977
Droit à restitution En cas de cassation, la partie qui a exécuté la décision cassée ne peut prétendre qu'à la restitution des sommes ou prestations versées. Cass. ass. plén., 3 mars 1995
Absence d'acquiescement Le fait de se conformer à la décision contestée ne saurait être interprété comme une acceptation de cette décision par celui qui a formé le pourvoi. Cass. 1re civ., 5 avr. 1978

Le sort des sommes versées en exécution d'un arrêt cassé

La cassation d'une décision qui a déjà été exécutée soulève des difficultés pratiques considérables. En effet, la censure prononcée par la Haute juridiction anéantit rétroactivement la décision contestée et restaure la situation juridique antérieure. Pour autant, celui qui s'est prévalu de cette décision avant sa cassation a exercé un droit légitime, insusceptible de lui être reproché. Il en résulte un régime nuancé dont les principes méritent d'être exposés avec précision.

1
Exécution de l'arrêt d'appel — Le bénéficiaire de la décision procède à son exécution (saisie, paiement forcé, expulsion, etc.). Cette exécution est licite et non fautive.
2
Cassation de l'arrêt — La Cour de cassation prononce la cassation. La décision exécutée est anéantie rétroactivement : les parties retrouvent leur situation juridique antérieure, comme si l'arrêt censuré n'avait jamais été rendu.
3
Signification et mise en demeure — Le droit à restitution prend naissance dès la notification valant mise en demeure de l'arrêt de cassation. Quant aux intérêts moratoires sur les montants à reverser, ils ne commencent à courir qu'à la date de la sommation de payer.
4
Restitution du capital — Le bénéficiaire de la somme versée doit reverser uniquement le capital perçu en exécution de l'arrêt cassé. Il peut conserver les intérêts produits par cette somme pendant la durée de l'instance de cassation.
⚠️ Point de vigilance — Exécution abusive

Par exception, une réparation complémentaire au-delà de la simple restitution pourrait être accordée lorsque l'exécution a été poursuivie dans une intention malveillante, alors que celui qui l'a diligentée avait parfaitement conscience du risque très élevé de censure, et que cette démarche a engendré un préjudice distinct. La jurisprudence demeure néanmoins très restrictive sur ce terrain, et la charge de la preuve pèse intégralement sur la partie qui invoque le caractère abusif de l'exécution.

L'absence d'acquiescement par l'exécution

Il convient de souligner un point essentiel pour la sécurité juridique du demandeur au pourvoi : se conformer à une décision faisant l'objet d'un pourvoi ne saurait être assimilé à un acquiescement. Le plaideur contraint de s'exécuter en raison de la force exécutoire de l'arrêt d'appel ne peut être réputé avoir abandonné son droit de contester la décision. Toutefois, une telle présomption pourrait être renversée lorsque des éléments propres à l'espèce démontrent que la partie a manifesté, de manière claire et dépourvue d'ambiguïté, sa volonté d'accepter le dispositif de la décision et d'abandonner tout recours.

📐 Principe — Pas d'acquiescement

Le fait de se conformer à une décision contestée devant la Cour de cassation — y compris en proposant spontanément de l'exécuter ou en donnant son accord sans réserve — est insuffisant pour caractériser une renonciation au recours. Le demandeur au pourvoi conserve intégralement son droit de contester la décision.

⚠️ Exception — Acquiescement caractérisé

À l'inverse, lorsque la loi attache au pourvoi un caractère suspensif (matière de divorce, par exemple) et que la partie procède volontairement à l'exécution malgré cette suspension légale, cette démarche spontanée implique un acquiescement à la décision.

›› Le principe de l'absence d'effet suspensif connaît toutefois des dérogations légales limitativement énumérées qu'il convient désormais d'examiner.

🔓 Les exceptions au principe : obstacles à l'exécution et effet suspensif

Les obstacles à l'obligation d'exécuter

📐 Principe
Il appartient de relever d'emblée que la Haute juridiction ne dispose d'aucune prérogative lui permettant de prononcer un sursis à l'exécution ou d'interdire celle-ci. Toute demande en ce sens serait purement et simplement irrecevable. Bien au contraire, l'article 1009-1 du Code de procédure civile érige l'exécution de la décision contestée en condition pouvant subordonner l'examen même du pourvoi, dès lors que cette exécution n'apparaît ni impossible ni de nature à entraîner des conséquences manifestement excessives.

⚖️ Article 110 CPC — Sursis à statuer

Ce texte ouvre au juge du fond, saisi d'un litige distinct, la possibilité de suspendre l'instance lorsqu'une partie se prévaut d'une décision contre laquelle un pourvoi a été formé. L'objectif n'est nullement de faire obstacle à l'exécution de cette décision, mais de prévenir le risque qu'une censure ultérieure de la Cour de cassation ne vienne affecter le sens de la décision à intervenir.

☐ Ce qui peut faire échec à l'obligation d'exécuter
Un accord entre les parties convenant de différer l'exécution de la décision
Les procédures collectives et dispositifs ayant pour effet d'empêcher les paiements (sauvegarde, redressement, liquidation judiciaire)
Les pouvoirs du juge de l'exécution qui peut, dans certaines circonstances, aménager les modalités d'exécution d'une décision exécutoire

L'effet suspensif exceptionnel du pourvoi

⚠️ Exception
Par dérogation au principe, le législateur a prévu que le pourvoi en cassation est doté d'un effet suspensif dans un nombre restreint de matières. Ces exceptions répondent à une logique commune : il s'agit de situations dans lesquelles l'exécution immédiate de la décision produirait des conséquences irréversibles qu'aucune restitution ne pourrait véritablement réparer.

🔹 Le divorce et les situations assimilées

L'exception la plus significative concerne la matière du divorce. L'article 1086 du Code de procédure civile prévoit que tant le délai de pourvoi que le pourvoi lui-même sont suspensifs. La raison d'être de cette dérogation est aisée à comprendre : il s'agit d'éviter qu'un conjoint, se remariant sur la foi du divorce prononcé, ne se retrouve dans une situation de bigamie si la Haute juridiction venait ultérieurement à censurer la décision ayant dissous le mariage. La cassation ayant pour effet de restaurer la situation juridique antérieure à la décision annulée, le lien conjugal initial serait réputé n'avoir jamais été rompu.

Élément Régime applicable Fondement
Prononcé du divorce Effet suspensif du délai de pourvoi et du pourvoi lui-même Art. 1086 CPC
Prestation compensatoire La suspension bénéficie également à la condamnation au paiement d'une prestation compensatoire, dans la mesure où le droit à cette prestation dépend directement de la dissolution effective du mariage Cass. 2e civ., 24 janv. 1990
Rejet de la demande en divorce Pas d'effet suspensif : la décision laissant subsister le lien conjugal, le risque de bigamie est inexistant Cass. 1re civ., 25 janv. 2005
Séparation de corps Effet suspensif par renvoi aux règles du divorce Art. 1129 CPC
Annulation du mariage L'effet suspensif s'applique a fortiori, la même logique de protection contre la bigamie s'imposant Cass. 1re civ., 17 mai 1988
⚠️ Limites essentielles de l'effet suspensif en matière de divorce

Première limite : lorsque le recours ne porte que sur les chefs de l'arrêt relatifs à la prestation compensatoire, les dispositions prononçant le divorce acquièrent immédiatement un caractère irrévocable. Le droit commun du caractère non suspensif reprend alors son empire sur ces dispositions spécifiques.

Seconde limite : l'article 1087 du CPC soustrait expressément au bénéfice de la suspension les dispositions intéressant les obligations alimentaires, les charges d'entretien et d'éducation des enfants et les modalités d'exercice de l'autorité parentale. L'instance étant réputée se poursuivre, les mesures provisoires fixées par le juge aux affaires familiales — pension alimentaire, jouissance du logement familial — continuent de s'appliquer pleinement.

🔹 Les autres hypothèses d'effet suspensif

En dehors de la matière matrimoniale, le législateur a retenu le caractère suspensif du pourvoi dans deux autres hypothèses. D'une part, tant le délai de recours que le pourvoi lui-même font obstacle à l'exécution de la décision constatant l'absence d'une personne, conformément à l'article 1069 du CPC. D'autre part, lorsque le procureur général conteste la décision rendue sur son opposition à la création d'un établissement privé d'enseignement supérieur, son recours en cassation bénéficie également d'un caractère suspensif en vertu de l'article L. 731-11 du Code de l'éducation.

💡 En pratique — Suppression d'un ancien cas suspensif

Il convient de noter que l'article 1045 du CPC prévoyait autrefois un effet suspensif du pourvoi en matière de nationalité. Cette disposition a été supprimée par le décret n° 2022-899 du 17 juin 2022, applicable à compter du 1er septembre 2022. Le contentieux de la nationalité obéit désormais au droit commun de l'absence d'effet suspensif.

›› Au-delà de la question de l'effet suspensif, il reste à préciser un dernier trait fondamental du pourvoi en cassation : son absence d'effet dévolutif.

🔍 L'absence d'effet dévolutif du pourvoi

📐 Principe
La Cour de cassation ne constitue pas un troisième degré de juridiction. Cette formule, maintes fois rappelée, traduit une réalité fondamentale du système juridictionnel français : contrairement à la cour d'appel, devant laquelle l'entier litige est dévolu « pour qu'il soit statué en fait et en droit », la Cour de cassation n'a vocation qu'à contrôler la conformité de la décision déférée au droit applicable. Les constatations de fait opérées souverainement par les juges du fond s'imposent à elle et ne peuvent faire l'objet d'aucune remise en cause.

🏛️ L'appel — Effet dévolutif complet

Devant la cour d'appel, l'entier litige est dévolu au juge du second degré, qui statue en fait et en droit. Le juge d'appel peut recueillir de nouveaux éléments de preuve, entendre des témoins et apprécier souverainement les faits de l'espèce.

⚖️ La cassation — Contrôle de légalité

Devant la Cour de cassation, le débat se limite à la vérification de la bonne application du droit aux faits tels qu'ils ont été souverainement constatés par les juges du fond. Les moyens nouveaux de pur droit demeurent néanmoins recevables, mais la marge d'intervention de la Haute juridiction reste strictement cantonnée à sa mission de juge de la légalité.

Tout au plus est-il permis de relever que la censure d'une décision peut, dans certaines conditions, conférer au pourvoi une dimension dévolutive particulière, dans l'hypothèse exceptionnelle où la Cour décide de régler elle-même le litige au fond. L'article L. 411-3 du Code de l'organisation judiciaire lui en reconnaît la faculté, mais cette compétence demeure une prérogative exceptionnelle, exercée avec parcimonie lorsque l'intérêt d'une bonne administration de la justice le commande et que les faits, tels qu'ils ont été souverainement constatés et appréciés par les juges du fond, le permettent.

✅ À retenir — Synthèse des effets du pourvoi en cassation

Le pourvoi en cassation produit quatre catégories d'effets qu'il convient de garder à l'esprit :

1. Saisine et interruption : la déclaration de pourvoi saisit la Cour de cassation et interrompt les délais de prescription et de forclusion, même en cas de vice de forme.

2. Absence d'effet suspensif : la décision attaquée conserve sa force exécutoire et son exécution ne constitue pas une faute. En cas de cassation, seule la restitution peut être exigée.

3. Exceptions suspensives : le pourvoi est suspensif en matière de divorce, de séparation de corps, d'annulation du mariage, de déclaration d'absence et d'opposition à l'ouverture d'un établissement d'enseignement supérieur privé.

4. Absence d'effet dévolutif : la Cour de cassation juge en droit et non en fait, sauf recours exceptionnel à la faculté de régler le litige au fond (art. L. 411-3 COJ).

📌 Cas pratique — Application concrète

Situation : La société Alpha est condamnée par un arrêt de la cour d'appel de Paris à verser 200 000 € de dommages-intérêts à la société Bêta. Alpha forme un pourvoi en cassation. Bêta procède à l'exécution forcée de l'arrêt et obtient le paiement intégral. Deux ans plus tard, la Cour de cassation casse l'arrêt.

Analyse :

›› L'exécution poursuivie par Bêta était parfaitement licite, le pourvoi ne disposant d'aucun effet suspensif en la matière. Bêta n'a commis aucune faute en procédant à l'exécution forcée.

›› À la suite de la cassation, Alpha peut exiger la restitution du capital de 200 000 €, mais Bêta est en droit de conserver les intérêts produits par cette somme durant l'instance de cassation.

›› Les intérêts sur la somme à restituer ne courent qu'à compter de la sommation de payer adressée par Alpha après signification de l'arrêt de cassation.

›› Alpha ne pourrait prétendre à des dommages-intérêts complémentaires que si elle démontrait que Bêta a agi avec une intention malveillante, tout en étant pleinement consciente du risque très élevé de censure — hypothèse que la jurisprudence apprécie de manière très restrictive.