L'identification de la personne physique | Gdroit
👤 Droit des personnes

L'identification de la personne physique
État civil et éléments distinctifs

Comprendre comment le droit identifie et distingue chaque individu au sein de la société à travers l'état civil et ses composantes essentielles.

📝 6 Éléments
⚖️ 3 Principes
📜 +10 Articles clés

Section 1 · La notion d'état des personnes

A. Définition et fonction de l'état civil

État civil

L'état civil désigne l'ensemble des qualités inhérentes à la personne que la loi civile prend en considération pour y attacher des effets juridiques. Il constitue un instrument de police civile permettant à la société d'identifier publiquement ses sujets de droit.

L'identification des personnes répond à une double nécessité. D'une part, l'État doit pouvoir reconnaître qui bénéficie de la protection accordée aux personnes juridiques. D'autre part, cette identification s'avère indispensable pour organiser et gérer les rapports entre les différents sujets de droit au sein de la société et de la famille.

Chaque qualité prise en compte par l'état civil produit des conséquences juridiques spécifiques. La détermination des éléments constitutifs de l'état civil varie selon les traditions juridiques et culturelles propres à chaque système de droit. Le droit français a progressivement défini un ensemble de critères permettant d'individualiser chaque personne.

Point essentiel

L'état civil remplit une fonction de singularisation : il permet de distinguer chaque individu de l'ensemble des autres membres de la société. Cette distinction s'opère par la combinaison de plusieurs éléments qui, pris ensemble, forment une identité juridique unique.

B. Les composantes de l'état civil

Le droit français retient plusieurs éléments pour identifier une personne physique. Ces éléments constituent ensemble le socle de l'identité juridique de l'individu.

Les six éléments fondamentaux de l'état civil
👤
Le sexe
Masculin ou féminin selon l'état du droit actuel
📛
Nom et prénom
Éléments d'individualisation au sein de la famille et de la société
🏳️
La nationalité
Lien juridique rattachant la personne à un État
🏠
Le domicile
Lieu du principal établissement de la personne
👨‍👩‍👧
La filiation
Liens de parenté rattachant l'individu à sa famille
💍
Situation matrimoniale
Célibataire, marié, pacsé, divorcé, veuf
ℹ️
Remarque importante

Ces éléments peuvent être modifiés dans certaines conditions. On parle alors de mutabilité de l'état des personnes. Cependant, cette possibilité de modification reste encadrée et soumise à des conditions strictes.

Section 2 · Les éléments d'identification

§1. Le nom de famille

L'attribution du nom

Le nom de famille constitue traditionnellement un héritage transmis par le mécanisme de la filiation. L'article 311-21 du Code civil, issu de la loi de 2013, a instauré un système se voulant égalitaire entre les parents.

Article 311-21 du Code civil
Les parents peuvent choisir le ou les noms qu'ils donnent à leur enfant. En l'absence de choix exprimé par les parents, l'enfant prend le nom du père.

Le mariage constitue une seconde source d'attribution du nom, mais uniquement à titre d'usage. L'article 225-1 du Code civil permet à chaque époux d'utiliser le nom de son conjoint, soit par substitution à son propre nom, soit par adjonction.

Dimension politique du nom

Les règles d'attribution du nom reflètent des choix éminemment politiques. La règle supplétive attribuant le nom du père à défaut de choix illustre la persistance de traditions patriarcales dans le droit français, malgré l'affirmation d'un principe d'égalité.

La procédure de changement de nom est ouverte dans plusieurs hypothèses :

  • Prévenir l'extinction d'un nom dans la lignée familiale
  • Éviter de porter un nom à consonance ridicule ou pouvant prêter à moquerie
  • Se distancier d'un nom associé à un personnage historique infamant ou à un criminel notoire

L'utilisation du nom

Le nom remplit une fonction première d'identification permettant de distinguer chaque individu. Cependant, se pose la question de la possibilité de commercialiser son nom, notamment en l'associant à une entreprise.

⚖️
Arrêt Bordas — Cour de cassation, 12 mars 1985
Chambre commerciale

Faits : M. Bordas avait fondé une maison d'édition portant son nom comme dénomination sociale. Après avoir perdu le contrôle de la société, il souhaitait que son nom ne lui soit plus associé, invoquant le principe d'inaliénabilité.

Solution : La Cour distingue deux fonctions du nom. Dans sa fonction d'identification de la personne physique, le nom demeure inaliénable : nul ne peut le céder pour qu'un autre individu l'utilise comme nom propre. En revanche, il est possible de contractualiser son nom pour permettre son utilisation par une personne morale comme signe distinctif commercial.

Double nature juridique du nom
📛
LE NOM
🔒
Fonction identitaire
🏢
Fonction commerciale
INALIÉNABLE
CESSIBLE

§2. Le prénom

L'attribution du prénom

Article 57 du Code civil
Les prénoms de l'enfant sont choisis par ses père et mère.

La liberté des parents en matière de choix du prénom est aujourd'hui quasi totale. Cette situation contraste fortement avec le régime antérieur : la loi du 11 germinal de l'an XI imposait que seuls puissent être attribués des prénoms figurant au calendrier.

La Cour européenne des droits de l'homme reconnaît au prénom un caractère « intime et affectif », ce qui justifie une protection renforcée du choix parental.

⚠️
Limites à la liberté de choix

Deux limites encadrent néanmoins cette liberté : l'interdiction d'attribuer un prénom ridicule susceptible de nuire à l'enfant, et l'obligation technique d'utiliser l'alphabet romain ainsi que les signes diacritiques usuels.

💡
Contentieux des prénoms bretons

La question des signes diacritiques a donné lieu à un contentieux notable concernant les prénoms bretons. La Cour d'appel de Rennes a jugé qu'il était possible d'inscrire à l'état civil un prénom comportant le tilde (~), reconnaissant ainsi la légitimité de certains caractères issus des langues régionales.

Le changement de prénom

Le droit reconnaît la possibilité de changer de prénom, notamment pour le franciser ou l'adapter à une nouvelle situation personnelle. Cette procédure est encadrée et suppose un intérêt légitime.

Par ailleurs, le droit admet sous certaines conditions l'utilisation d'un pseudonyme, à la condition que celui-ci ne fasse pas obstacle à l'identification de la personne par l'État.

§3. Le domicile

Article 102 du Code civil
Le domicile de tout Français, quant à l'exercice de ses droits civils, est au lieu où il a son principal établissement.

Le domicile constitue un concept juridique, distinct de la simple résidence qui relève d'une notion purement factuelle. Cette distinction emporte des conséquences pratiques importantes.

Critère Domicile Résidence Nature Concept juridique Notion factuelle Unicité Un seul domicile possible Plusieurs résidences possibles Définition Principal établissement Lieu où l'on demeure effectivement Effets juridiques Rattachement pour l'exercice des droits civils Effets plus limités
1️⃣
Unicité du domicile
Une personne ne peut avoir qu'un seul domicile, même si elle dispose de plusieurs établissements. Ce principe implique corrélativement un droit de domiciliation pour toute personne.
🔐
Inviolabilité du domicile
Le domicile est protégé par le principe d'inviolabilité : nul ne peut y pénétrer sans le consentement de l'occupant, sauf exceptions légalement prévues.

§4. Le sexe

Certaines règles juridiques demeurent attachées à la distinction homme/femme. L'état civil reflète ainsi un positionnement politique propre à chaque époque. Le droit français actuel maintient une identification binaire du sexe.

L'identification du sexe

⚖️
Arrêt sur le sexe neutre — Cour de cassation, 2017
Première chambre civile

Faits : Une personne se considérant ni homme ni femme refusait d'être catégorisée selon cette binarité qu'elle estimait ne pas la représenter. Elle invoquait une atteinte à sa vie privée.

Solution : La Cour de cassation a jugé que cette atteinte était proportionnée au regard des exigences d'organisation de l'état civil. Néanmoins, elle n'a pas exclu la possibilité d'une reconnaissance d'un sexe neutre si la société, à travers la loi, décidait d'évoluer sur cette question.

Le changement de sexe à l'état civil

La question du changement de sexe concerne principalement les personnes transgenres, c'est-à-dire les individus dont le sexe assigné à la naissance ne correspond pas à leur identité de genre. Le droit français a connu une évolution significative sur ce sujet.

Avant 1992
Rigidité absolue

Le droit français refusait toute modification du sexe à l'état civil. L'idée sous-jacente était que l'individu ne devait pas primer sur l'organisation sociale.

1992
Assemblée plénière de la Cour de cassation

Sous la pression de la CEDH ayant condamné la France, la Cour de cassation admet la possibilité de changer de sexe sous conditions strictes : traitement médico-chirurgical, apparence du sexe opposé, disparition des caractères du sexe d'origine. Exigence d'une transformation irréversible.

Condamnation CEDH
Violation de l'article 8 CEDH

La Cour européenne des droits de l'homme juge que l'exigence d'une transformation irréversible constitue une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale.

2016
Article 61-5 du Code civil

Le législateur consacre un nouveau régime : une personne peut changer de sexe à l'état civil dès lors que celui-ci ne correspond plus à celui sous lequel elle se présente et est connue. Plus aucune exigence médicale ou chirurgicale n'est imposée.

Article 61-5 du Code civil (depuis 2016)
Toute personne majeure ou mineure émancipée qui démontre par une réunion suffisante de faits que la mention relative à son sexe dans les actes de l'état civil ne correspond pas à celui dans lequel elle se présente et dans lequel elle est connue peut en obtenir la modification.

§5. La nationalité

L'attribution de la nationalité

Les critères d'attribution de la nationalité varient d'un pays à l'autre. Ces critères sont unilatéraux : chaque État définit souverainement les conditions d'octroi de sa nationalité, sans possibilité de bilatéralisation des règles.

Les deux critères traditionnels d'attribution
🌍
Droit du sol (jus soli)
Attribution de la nationalité en raison de la naissance sur le territoire de l'État
🩸
Droit du sang (jus sanguinis)
Attribution de la nationalité en raison de la filiation avec un national

D'autres critères peuvent également fonder l'attribution de la nationalité : le mariage avec un national, une durée de résidence suffisante sur le territoire, ou encore la procédure de naturalisation sur demande.

Évolution politique du droit du sol

L'étendue du droit du sol a considérablement varié selon les époques. Jadis accordé de manière libérale (notamment sous Napoléon), le critère territorial est aujourd'hui encadré plus strictement. Le seul fait de naître sur le sol français ne suffit plus : une condition de résidence s'y ajoute désormais.

Les conflits de nationalité

La coexistence de systèmes nationaux différents engendre des situations de conflit de nationalité.

Type de conflit Définition Exemple Conflit positif Une même personne se voit attribuer plusieurs nationalités par différents États Enfant né aux États-Unis (droit du sol américain) de parents italiens (droit du sang italien) Conflit négatif Une personne ne peut se prévaloir d'aucune nationalité (apatridie) Situations rares mais créant un réel handicap juridique

La double nationalité permet à la personne de bénéficier des droits reconnus par chacun des deux États. Cependant, des mécanismes de résolution existent pour déterminer quelle nationalité prévaut dans certaines situations :

  • Principe de primauté de la nationalité du for : dans le pays où se trouve la personne, seule la nationalité de ce pays peut être invoquée
  • Critère de la nationalité effective : en cas de conflit, préférence donnée à la nationalité avec laquelle la personne entretient les liens les plus étroits
⚠️
Conséquences de l'apatridie

L'apatride se trouve dans une situation juridique très défavorable : impossibilité d'exercer des droits politiques et absence de toute protection diplomatique de la part d'un État.

Section 3 · Les principes gouvernant l'état civil

L'identification de la personne obéit à des principes fondamentaux qui garantissent la stabilité et la fiabilité de l'état civil.

Les trois principes cardinaux de l'état civil
🔒
Indisponibilité
Impossibilité de disposer librement de son état comme d'un bien
🔄
Immutabilité
Stabilité des éléments de l'état civil, sauf exceptions légales
Imprescriptibilité
L'état des personnes ne s'éteint pas par l'écoulement du temps

§1. Le principe d'indisponibilité

Indisponibilité de l'état civil

Selon ce principe, une personne ne peut disposer de son état comme elle le souhaite : elle ne saurait céder, abandonner ou modifier par convention un élément de fait traduisant les qualités prises en compte par l'état civil pour l'identifier.

L'état civil échappe au commerce juridique. Les éléments d'identification ne peuvent faire l'objet de conventions ayant pour objet leur transfert ou leur modification.

L'illustration de la gestation pour autrui

La question de la gestation pour autrui (GPA) met en lumière les enjeux du principe d'indisponibilité. La GPA suppose un contrat entre les parents d'intention et la mère porteuse, contrat qui touche directement à la filiation de l'enfant.

⚖️
Assemblée plénière — Cour de cassation, 1991
Arrêt de principe sur la GPA

Position initiale : Il est contraire aux principes d'indisponibilité de l'état civil des personnes de faire produire des effets, au regard de la filiation, à un contrat de GPA, fût-il licite à l'étranger.

Conséquence : L'enfant né d'une GPA à l'étranger se trouvait dans une situation dualiste : reconnu comme l'enfant des parents d'intention dans le pays de naissance, mais considéré comme l'enfant de la mère porteuse au regard du droit français.

La Cour de cassation a longtemps maintenu cette position rigoureuse, assimilant le recours à la GPA à une fraude aux règles françaises. Cette approche a été remise en cause par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, qui a condamné la France en considération de l'intérêt supérieur de l'enfant et de son droit au respect de la vie privée.

Évolution contemporaine

Sous l'influence du droit européen, la transcription des actes de naissance établis à l'étranger suite à une GPA est désormais admise, au moins partiellement, afin de ne pas priver l'enfant d'un lien de filiation avec ses parents d'intention.

§2. Le principe d'immutabilité et ses exceptions

Immutabilité de l'état civil

Ce principe signifie que les éléments de l'état civil demeurent stables tout au long de la vie de la personne. En théorie, l'individu naît et meurt avec le même état civil.

Cependant, le principe d'immutabilité connaît d'importantes exceptions permettant, sous conditions, de modifier certains éléments de l'état civil.

Élément Possibilité de changement Conditions Nom de famille Oui Intérêt légitime (nom ridicule, extinction du nom, etc.) Prénom Oui Intérêt légitime (francisation, inadaptation, etc.) Sexe Oui (depuis 2016) Démonstration que le sexe indiqué ne correspond plus à celui vécu Domicile Oui Libre changement par modification du principal établissement Nationalité Oui Acquisition, perte ou ajout selon les règles de chaque État
💡
Exigence d'un intérêt légitime

Le changement d'un élément de l'état civil n'est jamais discrétionnaire. Il suppose toujours la démonstration d'un intérêt légitime justifiant la modification demandée. Le juge apprécie souverainement cet intérêt.

§3. Le principe d'imprescriptibilité

Imprescriptibilité de l'état civil

L'état des personnes ne disparaît pas avec l'écoulement du temps. Contrairement aux droits patrimoniaux qui peuvent s'éteindre par prescription, les éléments de l'état civil demeurent permanents et peuvent toujours être invoqués ou contestés.

Ce principe garantit la pérennité de l'identité juridique. Une personne conserve son état civil quelles que soient les circonstances et la durée écoulée. De même, les actions relatives à l'état des personnes (notamment les actions en contestation de filiation) ne sont pas soumises aux règles ordinaires de prescription.

Articulation des principes

Les trois principes d'indisponibilité, d'immutabilité et d'imprescriptibilité forment un ensemble cohérent visant à garantir la stabilité et la fiabilité de l'état civil. Ils protègent tant l'intérêt de l'individu que celui de la société dans son ensemble, qui a besoin d'identifier avec certitude ses membres.

Synthèse · Points essentiels à retenir

Architecture générale de l'identification de la personne
👤
ÉTAT CIVIL
ÉLÉMENTS
Nom Prénom Sexe Domicile Nationalité Filiation
PRINCIPES
Indisponibilité Immutabilité Imprescriptibilité
📌
Fonction de l'état civil
Instrument de police civile permettant l'identification publique des sujets de droit et l'organisation des rapports juridiques.
⚖️
Équilibre stabilité / adaptation
Le droit concilie la nécessité de stabilité (principes directeurs) avec la possibilité d'évolution (exceptions à l'immutabilité).
🇪🇺
Influence européenne
La CEDH a fait évoluer le droit français, notamment sur le changement de sexe et la reconnaissance des situations familiales constituées à l'étranger.