La Complicité en Droit Pénal Français - Guide Complet | Gdroit
⚖️ Droit Pénal Général

La Complicité en
Droit Pénal Français

Modalité d'imputation permettant de sanctionner celui qui, sans accomplir directement l'infraction, en a facilité ou provoqué la réalisation.

📜 Art. 121-6 & 121-7 C. pén.
🔗 2 Modes de participation
3 Conditions requises

I. Qu'est-ce que la complicité ?

Le droit pénal établit une distinction fondamentale entre celui qui réalise matériellement les actes constitutifs d'une infraction (l'auteur principal) et celui qui y participe de manière indirecte (le complice). Cette seconde catégorie recouvre les situations où une personne, sans accomplir elle-même le comportement prohibé, contribue néanmoins à sa réalisation.

Article 121-7 du Code pénal

« Est complice d'un crime ou d'un délit la personne qui sciemment, par aide ou assistance, en a facilité la préparation ou la consommation.

Est également complice la personne qui par don, promesse, menace, ordre, abus d'autorité ou de pouvoir aura provoqué à une infraction ou donné des instructions pour la commettre. »

A. Les deux acteurs de l'infraction

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L'Auteur Principal
Celui qui réalise matériellement les éléments constitutifs de l'infraction ou qui en tente la commission (art. 121-4 C. pén.)
🤝
Le Complice
Celui qui, sans exécuter directement l'acte interdit, apporte son concours à sa préparation ou à son exécution

B. Le principe de la criminalité d'emprunt

La complicité présente une caractéristique essentielle : elle ne constitue pas une infraction autonome. Sa punissabilité découle entièrement de l'existence d'un fait principal répréhensible. On exprime cette idée par la formule selon laquelle le complice « emprunte » sa criminalité à l'acte principal.

Le mécanisme de la criminalité d'emprunt
📌
Infraction principale
punissable
🔗
Rattachement
du complice
⚖️
Responsabilité
du complice
💡
Conséquence pratique

Lorsque l'acte principal n'est pas punissable (par exemple parce qu'il ne constitue pas une infraction), la complicité ne peut pas davantage être sanctionnée. Ainsi, l'assistance au suicide n'engage pas la responsabilité pénale de celui qui l'apporte, le suicide ne constituant pas une infraction.

II. Les conditions de la complicité

La qualification de complice nécessite la réunion de trois éléments cumulatifs. L'absence de l'un d'entre eux empêche toute poursuite sur ce fondement.

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Élément légal
Un texte d'incrimination applicable selon la nature de l'infraction
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Élément matériel
Un acte positif d'aide, d'assistance ou de provocation
🧠
Élément moral
La conscience de participer à une infraction

A. Un fait principal punissable

La première exigence tient à l'existence d'une infraction principale. Cette condition découle logiquement du principe de criminalité d'emprunt : sans acte répréhensible auquel se rattacher, le comportement du prétendu complice ne saurait être sanctionné.

1. Les infractions concernées

Type d'infraction Aide ou assistance Provocation ou instructions
Crime ✅ Punissable ✅ Punissable
Délit ✅ Punissable ✅ Punissable
Contravention ❌ Non punissable ✅ Punissable
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Particularité des contraventions

En matière contraventionnelle, seule la complicité par provocation ou par fourniture d'instructions est réprimée. L'aide ou l'assistance simple à la commission d'une contravention échappe à toute sanction pénale (art. 121-7 al. 1 C. pén.).

2. L'exigence d'un fait punissable

L'infraction principale doit présenter un caractère punissable, ce qui n'implique pas nécessairement qu'elle ait été effectivement consommée ni que son auteur ait été condamné.

Situations où la complicité reste punissable
  • L'infraction a seulement été tentée (dès lors que la tentative est elle-même punissable)
  • L'auteur principal demeure inconnu, est en fuite ou décédé
  • L'auteur principal a été relaxé ou acquitté pour des motifs qui lui sont personnels
Situations excluant la complicité
  • L'action publique est prescrite
  • Un fait justificatif neutralise l'infraction (légitime défense, état de nécessité...)
  • L'incrimination a été abrogée
  • L'auteur principal s'est volontairement désisté (tentative de complicité)
Cass. crim., 8 janvier 2003, n° 01-88.065
La Cour de cassation a confirmé que le défaut d'imputabilité de l'auteur principal ou le fait que celui-ci soit en fuite, décédé, inconnu, relaxé ou acquitté ne modifie en rien la situation du complice, qui demeure pénalement responsable et punissable.
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Tentative de complicité : impunité

Lorsque l'auteur principal renonce volontairement à son projet, aucune infraction n'est caractérisée. Dès lors, celui qui avait fourni son concours ne peut être poursuivi comme complice, faute de fait principal punissable. Ainsi, le commanditaire d'un homicide qui ne sera finalement pas commis échappe aux poursuites (Cass. crim., 25 octobre 1962).

B. L'élément matériel : un acte positif

Le second élément constitutif de la complicité réside dans l'accomplissement d'un acte déterminé. Le législateur distingue deux modalités de participation, chacune répondant à des critères spécifiques.

Les deux formes de complicité matérielle
🤲
Aide ou
Assistance
📢
Provocation ou
Instructions

1. La complicité par aide ou assistance (art. 121-7 al. 1)

Cette première forme suppose que le complice ait contribué, par un comportement actif, à rendre possible ou plus aisée la réalisation de l'infraction. L'aide peut être soit matérielle (fourniture de moyens), soit morale (encouragements, conseils).

Condition temporelle
L'acte de complicité doit intervenir antérieurement ou concomitamment à l'infraction principale. Une intervention postérieure ne caractérise pas la complicité, sauf entente préalable établie.
Condition d'un acte positif
En principe, la complicité requiert un comportement actif. Toutefois, l'abstention peut suffire lorsque le complice avait le pouvoir et le devoir juridique d'empêcher la commission de l'infraction.
💡 Illustrations
  • Aide matérielle : Remettre une arme à celui qui projette de commettre un vol à main armée ; conduire l'auteur sur les lieux de l'infraction
  • Aide morale : Faire le guet pendant la commission du vol ; encourager l'auteur dans son projet
  • Abstention fautive : Un employeur qui laisse sciemment un salarié commettre une infraction alors qu'il avait le pouvoir de l'en empêcher

2. La complicité par instigation (art. 121-7 al. 2)

La seconde forme de complicité concerne celui qui, sans participer directement à l'exécution, est à l'origine de la décision criminelle. Le législateur distingue deux variantes :

Mode de participation Définition Moyens prévus par la loi
Provocation Inciter une personne à commettre une infraction qu'elle n'aurait pas accomplie spontanément Don, promesse, menace, ordre, abus d'autorité ou de pouvoir
Instructions Fournir les renseignements nécessaires à la réalisation de l'infraction Indications précises sur les moyens, le lieu, le moment, la victime...
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Exigence de précision des instructions

Les instructions communiquées doivent présenter un degré suffisant de précision pour permettre la réalisation de l'infraction. De simples conseils généraux ou des encouragements vagues ne suffisent pas à caractériser ce mode de complicité.

3. Complicité et acte postérieur

La règle de l'antériorité ou de la concomitance connaît une limite importante : lorsque l'acte intervenu après la commission de l'infraction principale est lui-même érigé en infraction autonome, son auteur n'est pas poursuivi comme complice mais comme auteur d'une infraction distincte.

Le cas du recel
Celui qui, après un vol, conserve ou dissimule les objets dérobés ne se rend pas coupable de complicité de vol. Il commet l'infraction autonome de recel (art. 321-1 C. pén.), punie de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende.

C. L'élément moral : l'intention délictueuse

La troisième condition de la complicité tient à l'état d'esprit du participant. L'article 121-7 exige que l'aide ou l'assistance ait été fournie « sciemment », ce qui traduit l'exigence d'une intention coupable.

🎯
La connaissance
Le complice doit avoir eu conscience du caractère illicite de l'acte auquel il apportait son concours. Il ne peut arguer d'une ignorance de la loi, mais peut invoquer sa méconnaissance des projets de l'auteur principal.
La volonté
Au-delà de la simple connaissance, le complice doit avoir eu la volonté de s'associer à l'entreprise criminelle. L'aide involontaire ou fortuite ne caractérise pas la complicité.
La bonne foi exclut la complicité

Celui qui fournit des renseignements sans savoir qu'ils serviront à commettre une infraction n'engage pas sa responsabilité pénale. L'absence de connaissance des intentions de l'auteur principal fait obstacle à la qualification de complice.

La question des infractions non intentionnelles

Une difficulté particulière se pose lorsque l'infraction principale ne requiert pas d'intention (homicide ou blessures involontaires). La jurisprudence admet de longue date la complicité de tels délits, même si certains auteurs préfèrent parler d'« auteur indirect » depuis la loi du 10 juillet 2000.

T. corr. Dijon, 2 avril 2003
Un débitant de boissons a été condamné pour complicité de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, après avoir continué à servir de l'alcool à un client visiblement ivre dont il savait qu'il reprendrait le volant. Le client ayant provoqué un accident mortel, le gérant de l'établissement a vu sa responsabilité pénale engagée.

Le problème de la discordance entre l'acte projeté et l'acte réalisé

Une autre difficulté survient lorsque le résultat de l'infraction diffère de celui initialement envisagé par le complice. La solution retenue par la jurisprudence repose sur l'analyse des valeurs sociales protégées par les infractions en cause.

Illustration du problème
Une personne remet une arme à un individu dans le but de menacer un tiers (violences ou menaces). Or, l'arme est finalement utilisée pour tuer la victime (homicide). Le fournisseur de l'arme sera-t-il poursuivi comme complice d'homicide ?

Solution : La complicité d'homicide n'est retenue que si les deux infractions protègent la même valeur sociale (en l'occurrence, l'intégrité physique des personnes). Le juge apprécie au cas par cas si le complice pouvait raisonnablement prévoir l'issue de son acte.
Cass. crim., 13 janvier 1955
La haute juridiction a posé le principe selon lequel il ne saurait y avoir de complicité par imprudence. La connaissance par le complice du projet criminel de l'auteur principal demeure une condition indispensable de sa responsabilité.
Synthèse : les trois éléments constitutifs
  • Fait principal punissable : Une infraction criminelle ou délictuelle doit avoir été commise ou tentée (contraventions : uniquement par instigation)
  • Acte matériel de participation : Aide, assistance, provocation ou instructions, intervenant avant ou pendant l'infraction
  • Intention délictueuse : Connaissance du caractère illicite de l'acte principal et volonté d'y participer

III. La répression de la complicité

La question des sanctions applicables au complice a sensiblement évolué avec l'entrée en vigueur du Code pénal de 1994. Le régime actuel, tout en maintenant une équivalence théorique avec l'auteur principal, consacre pleinement le principe d'individualisation des peines.

A. Le principe : « puni comme auteur »

Article 121-6 du Code pénal

« Sera puni comme auteur le complice de l'infraction, au sens de l'article 121-7. »

⚠️
Une formule à interpréter avec précision

L'expression « comme auteur » ne doit pas être confondue avec « comme l'auteur ». Le complice encourt les mêmes peines que celles prévues pour l'infraction, mais n'est pas nécessairement puni de la même peine que celle effectivement prononcée contre l'auteur principal.

📚
Ancien droit (avant 1994)
Le complice était puni « comme l'auteur » : sa peine était calquée sur celle effectivement infligée à l'auteur principal (théorie de l'emprunt de pénalité)
⚖️
Droit actuel
Le complice est puni « comme auteur » : il encourt les mêmes peines, mais le juge personnalise la sanction en fonction de sa situation propre

B. L'individualisation de la peine

Le principe constitutionnel d'individualisation des peines s'applique pleinement au complice. Le juge doit adapter la sanction à la personnalité du condamné, aux circonstances de l'infraction et à sa situation matérielle, familiale et sociale. Il en résulte plusieurs conséquences pratiques importantes.

📊
Indépendance des peines
La peine prononcée contre le complice est totalement indépendante de celle infligée à l'auteur principal. Le complice peut recevoir une sanction plus sévère ou plus clémente selon les circonstances.
🔓
Sort du complice et acquittement de l'auteur
L'acquittement ou la relaxe de l'auteur principal pour un motif personnel (défaut de discernement, minorité...) ne profite pas au complice qui peut néanmoins être condamné.

C. Le régime des circonstances aggravantes

Les circonstances aggravantes, qui augmentent la gravité de l'infraction et par conséquent la peine encourue, obéissent à des règles distinctes selon leur nature. Trois catégories doivent être distinguées.

🔧
Circonstances réelles
Liées aux modalités de commission de l'infraction elle-même (usage d'une arme, effraction, réunion...)
S'appliquent au complice
👤
Circonstances personnelles
Propres à la situation de l'auteur principal (récidive, qualité professionnelle...)
Ne s'appliquent pas au complice
Circonstances mixtes
Tenant à la fois à l'auteur et à l'infraction (préméditation, lien de parenté avec la victime...)
S'appliquent si connues du complice
💡 Applications pratiques
  • Circonstance réelle : Le complice qui fournit une arme à l'auteur d'un vol supporte l'aggravation résultant du « vol avec arme », même s'il n'était pas présent lors de la commission
  • Circonstance personnelle : Si l'auteur principal est en état de récidive légale, cette aggravation ne rejaillit pas sur le complice qui n'est pas lui-même récidiviste
  • Circonstance mixte : Le complice d'un meurtre prémédité n'encourt l'aggravation pour assassinat que s'il avait connaissance de la préméditation
Cass. crim., 7 septembre 2005
La chambre criminelle a confirmé que les circonstances aggravantes tenant aux modalités de commission de l'infraction (circonstances réelles) s'appliquent au complice, même lorsque celui-ci n'en avait pas connaissance au moment où il a apporté son concours.

D. Les causes d'atténuation et les immunités

À l'inverse des circonstances aggravantes, les causes d'atténuation de peine et les immunités attachées à l'auteur principal ne profitent pas au complice lorsqu'elles présentent un caractère strictement personnel.

Cause Nature Effet sur le complice
Minorité de l'auteur Cause personnelle d'atténuation Ne profite pas au complice majeur
Immunité familiale (vol entre époux) Immunité personnelle Ne s'étend pas au complice non couvert
Troubles mentaux ayant aboli le discernement Cause de non-imputabilité Ne profite pas au complice

E. L'application de la loi pénale dans l'espace

Des règles particulières gouvernent la situation du complice lorsque les actes se répartissent entre plusieurs territoires. Deux hypothèses principales méritent attention :

🌍
Complicité en France d'une infraction commise à l'étranger
Le complice domicilié en France peut être poursuivi devant les juridictions françaises si l'infraction principale constitue également un crime ou un délit selon la loi du lieu de commission.
🇫🇷
Complicité à l'étranger d'une infraction commise en France
L'étranger qui s'est rendu complice sur le territoire d'un autre État d'une infraction commise en France peut être poursuivi par les juridictions françaises.

Schéma récapitulatif de la complicité

Architecture générale de la complicité
1
Vérifier l'existence d'un fait principal punissable

Crime, délit, ou contravention (pour l'instigation uniquement). L'infraction peut être tentée ou consommée.

2
Identifier le mode de participation

Aide ou assistance (matérielle ou morale) / Provocation (don, promesse, menace, ordre, abus d'autorité) / Instructions précises

3
Vérifier l'élément temporel

L'acte de complicité doit être antérieur ou concomitant à l'infraction principale (sauf entente préalable)

4
Établir l'élément moral

Connaissance du projet criminel de l'auteur principal + Volonté de s'y associer = Acte accompli « sciemment »

5
Déterminer la peine applicable

Mêmes peines encourues que l'auteur + Circonstances aggravantes réelles et mixtes connues + Individualisation judiciaire

Les points essentiels à retenir
  • La complicité n'est pas une infraction autonome : elle emprunte sa criminalité à l'acte principal
  • Trois conditions cumulatives : fait principal punissable + acte matériel + intention
  • Deux modes de participation : aide/assistance (crimes et délits) ou instigation (toutes infractions)
  • Le complice est puni « comme auteur » (mêmes peines encourues) mais pas « comme l'auteur » (peine individualisée)
  • Les circonstances aggravantes réelles s'appliquent toujours ; les personnelles jamais ; les mixtes selon la connaissance
  • La tentative de complicité (désistement de l'auteur principal) n'est pas punissable