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Les arrêts de cassation — G-Droit
⚖️ PROCÉDURE CIVILE

Les arrêts de cassation

Comprendre les fondements, les effets et les suites de la censure exercée par la Cour de cassation sur les décisions des juges du fond.

🔨 Art. 604 CPC — Mission
📜 Art. 623‑639 CPC — Régime
🏛️ L. 411‑3 COJ — Sans renvoi

🎯 Les motifs de cassation

📐 Principe
Il appartient à la Cour de cassation de veiller à ce que chaque décision rendue par les juridictions du fond soit conforme au droit applicable. Quiconque forme un pourvoi demande à la haute juridiction de vérifier que la règle de droit a été correctement mise en œuvre. Toutefois, la portée jurisprudentielle de l'arrêt de censure dépend étroitement de la nature du moyen accueilli : selon que le grief porte sur le respect des règles procédurales ou sur l'application d'un texte de fond, la cassation revêt une signification distincte.
Si l'on considère les choses sous l'angle de la finalité poursuivie par la Cour, deux catégories se dégagent nettement. D'une part, les cassations disciplinaires sanctionnent les manquements des juges aux exigences qui gouvernent leur office. D'autre part, les cassations substantielles interviennent lorsque la règle de fond a été méconnue. La distinction peut sembler artificielle puisque, in fine, tout pourvoi repose sur la violation d'une norme juridique au sens de l'article 604 du CPC. Néanmoins, cette classification conserve un intérêt pratique considérable, notamment pour apprécier la valeur du précédent créé par la décision de censure.
Motifs de cassation — Classification
🔴 Cassations disciplinaires

Sanction des manquements à l'office du juge : excès de pouvoir, incompétence, défaut de motivation, dénaturation, vice de composition, violation du contradictoire, inversion de la charge de la preuve, méconnaissance des termes du litige.

Portée jurisprudentielle : généralement limitée, sauf en matière d'excès de pouvoir.

🔵 Cassations substantielles

Censure de la méconnaissance d'un texte de fond : refus d'application, fausse application, fausse interprétation de la loi, défaut de déduction des conséquences légales.

Portée jurisprudentielle : potentiellement forte, car la Cour interprète et unifie le droit applicable.

Les cassations disciplinaires

La censure à raison d'un vice dans l'exercice de l'office juridictionnel peut frapper une grande variété de manquements. Il en va ainsi lorsque le juge excède ses pouvoirs, méconnaît sa compétence, omet de préciser le fondement juridique de sa décision, ou encore rend un jugement entaché d'un défaut de motivation au sens de l'article 455 du CPC. De même, la dénaturation d'un écrit — qu'il s'agisse d'une pièce déterminante ou de conclusions — constitue un grief classique, en ce qu'elle manifeste une lecture erronée de l'élément probatoire soumis au débat contradictoire. L'inversion de la charge de la preuve, la violation du contradictoire ou la méconnaissance des termes du litige complètent cet inventaire.
⚠️ Focus — L'excès de pouvoir

L'excès de pouvoir occupe une place singulière au sein des griefs disciplinaires. Il sanctionne le juge qui franchit les limites assignées à son office juridictionnel, soit en s'attribuant une compétence dont il ne disposait pas (excès de pouvoir positif), soit en refusant d'exercer le pouvoir qui lui incombait (excès de pouvoir négatif). En conséquence, ce moyen rend immédiatement recevable le pourvoi lorsqu'aucune autre voie de recours n'est ouverte. Toutefois, La Cour tend progressivement à circonscrire le domaine de cette qualification : ni la violation du contradictoire, ni la méconnaissance des règles de procédure, ni la violation des articles 6-1 et 13 de la Convention EDH ne constituent un excès de pouvoir.

Les cassations substantielles

📐 Principe
La cassation pour violation d'un texte de fond revêt un intérêt jurisprudentiel particulièrement net, dès lors qu'elle permet à la Cour de clarifier le champ d'application, les conditions de mise en œuvre ou la portée d'une norme donnée. Il incombe alors à la haute juridiction de préciser le sens de la loi et d'en assurer l'interprétation uniforme sur l'ensemble du territoire.
Forme de la violation Mécanisme Formule conclusive type
Refus d'application Le juge écarte un texte applicable, alors que les conditions de sa mise en œuvre étaient réunies au regard des faits constatés. « En refusant d'appliquer [le texte], la cour d'appel a violé… »
Fausse application Le juge applique une règle à une situation de fait qu'elle n'avait pas vocation à régir, étendant ainsi son domaine au-delà de ses contours. « En statuant ainsi, la cour d'appel, qui a fait application de [texte] à une situation qu'il ne régissait pas, a violé… »
Fausse interprétation Le juge confère à la norme une portée ou un sens différent de celui retenu par la Cour de cassation, qui fixe l'interprétation souveraine. « En statuant ainsi, par fausse interprétation de [texte], la cour d'appel a violé… »
Défaut de déduction Le juge constate correctement les faits mais n'en tire pas les conséquences juridiques qui s'en évinçaient nécessairement. « La cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences légales de ses constatations, a violé… »
La censure peut aussi frapper une décision ayant perdu son assise juridique postérieurement à son prononcé. Ce cas de figure se rencontre lorsqu'un élément postérieur au prononcé du jugement attaqué — annulation d'un acte administratif, abrogation d'un texte, reconnaissance de la fausseté d'une pièce — prive la décision de l'un des fondements sur lesquels elle reposait. À l'inverse, sauf indication particulière, les textes visés par l'arrêt de cassation doivent être considérés dans l'état où ils se trouvaient au jour où la Cour statue.

Le défaut de base légale : un moyen hybride

📖 Définition — Manque de base légale

Il y a manque de base légale lorsque la juridiction du fond s'abstient de relever un élément factuel dont la vérification conditionnait la correcte mise en œuvre de la règle appliquée. Le reproche n'est pas celui d'avoir mal interprété la norme, mais d'avoir insuffisamment étayé en fait le raisonnement qui devait en justifier l'application.

Ce moyen occupe une position intermédiaire entre la cassation disciplinaire — en ce qu'il sanctionne un défaut de motivation — et la cassation substantielle — en ce qu'il se réfère à l'application d'un texte de fond. Par voie de conséquence, le grief tiré du manque de base légale échappe largement au reproche de nouveauté et peut être soulevé pour la première fois devant la Cour de cassation, puisqu'il se fonde sur les éléments du dossier tels que les juges du fond les ont appréciés.
›› Ce qui précède a exposé les motifs susceptibles de fonder une cassation. ›› Ce qui suit examine la faculté dont dispose la Cour de relever d'office un moyen de cassation, sans que les parties l'aient invoqué.

⚡ Les moyens relevés d'office

La saisine de la Cour de cassation est a priori déterminée par les moyens que lui soumettent les parties dans les délais légaux. Cependant, le second alinéa de l'article 620 du CPC lui confère une marge d'initiative conforme à sa mission de gardienne de la légalité : elle « peut, sauf disposition contraire, casser la décision attaquée en relevant d'office un moyen de pur droit ». Cette prérogative constitue le pendant symétrique du pouvoir de substitution de motifs reconnu pour le rejet d'un pourvoi.
  • Moyen de pur droit : le moyen ne doit impliquer aucune appréciation nouvelle d'éléments de fait. Il doit pouvoir se déduire des seules constatations de la décision attaquée, sans nécessiter la production de pièces ni l'examen de circonstances non encore débattues.
  • Respect du cadre de saisine : la Cour ne saurait censurer un chef de dispositif dont l'annulation ne lui a pas été demandée. Le relevé d'office ne peut servir de vecteur à un élargissement du périmètre du pourvoi au-delà de ce qu'impliquent les prétentions des parties.
  • Respect du contradictoire : l'avertissement prévu à l'article 1015 du CPC doit impérativement être donné aux parties, afin qu'elles puissent formuler leurs observations. Cette exigence traduit la mise en œuvre du principe audiatur et altera pars dans la procédure de cassation.
💡 En pratique

Les arrêts de censure rendus sur un moyen relevé d'office comportent la mention : « sur le moyen relevé d'office, après avis donné aux parties en application de l'article 1015 du CPC ». Il convient de souligner que le caractère d'ordre public du moyen ne constitue pas un préalable à l'exercice de cette prérogative. La portée jurisprudentielle de ces arrêts est potentiellement forte, car ils manifestent la volonté de la Cour de faire prévaloir une solution de droit que les parties n'avaient pas identifiée.

›› Les motifs de cassation et la possibilité d'un relevé d'office étant exposés, il convient d'examiner les conséquences qu'emporte le prononcé de la censure sur la décision attaquée et sur les actes qui en procèdent.

💥 Les conséquences de la cassation

L'annulation de la décision attaquée

📐 Principe
L'arrêt de cassation emporte anéantissement de la décision attaquée, en totalité ou en partie selon la portée du moyen accueilli. En application de l'article 625 du CPC, la cassation « replace la cause et les parties dans le même état où elles se trouvaient avant la décision cassée ». En conséquence, lorsqu'un arrêt d'appel est censuré, les parties se retrouvent — pour les chefs cassés — dans la situation qui résultait du jugement de première instance.
L'existence de la non-conformité au droit s'apprécie à la date du prononcé de la décision attaquée. Toutefois, il arrive que cette appréciation doive se situer au jour du pourvoi, notamment en cas de loi intermédiaire déclarée immédiatement applicable. La Cour dispose également d'une faculté de modulation dans le temps des effets de ses décisions, non pour rétroagir, mais pour éviter une censure dont les conséquences pratiques seraient disproportionnées.

La cassation par voie de conséquence

Ce mécanisme produit un effet en cascade qui s'étend bien au-delà de la seule décision cassée. Pour que cette annulation par voie de conséquence opère, il faut établir un lien de dépendance nécessaire entre la décision cassée et celle dont l'anéantissement est revendiqué. À l'inverse, les décisions antérieures à l'arrêt cassé, celles fondées sur des dispositions non atteintes par la censure, ou encore celles dont l'objet est indépendant de la décision annulée, demeurent intactes.

✅ Dispositions dissociables — maintenues

  • Décisions antérieures à l'arrêt cassé
  • Décisions fondées sur des parties non annulées de la décision partiellement cassée
  • Décisions indépendantes par leur objet de la décision cassée
  • Décisions reposant sur des causes juridiques distinctes

❌ Dispositions indissociables — annulées

  • Décisions prises en application de l'arrêt cassé (ex. : expertise ordonnée par l'arrêt)
  • Décisions statuant sur les conséquences pécuniaires des droits consacrés par la décision annulée
  • Jugements statuant sur les difficultés d'exécution de la décision cassée
  • Décisions rendues sur un recours formé contre l'arrêt cassé (tierce opposition, recours en révision)

L'annulation des actes subséquents et l'obligation de restitution

L'arrêt de cassation constitue un titre exécutoire ouvrant droit à la restitution de tout ce qui a été versé en exécution de la décision annulée (sommes d'argent, biens livrés, frais exposés). En effet, dès lors que la cassation remet les parties dans leur état antérieur, celui qui avait obtenu l'exécution de l'arrêt désormais censuré est tenu de restituer ce qu'il a reçu. La majoration du taux d'intérêt prévue par l'article L. 313-3 du code monétaire et financier s'applique à cette créance de restitution, le point de départ étant fixé à compter de la signification de l'arrêt de cassation.
💡 En pratique — Obtenir la restitution

En l'absence d'exécution volontaire, le bénéficiaire de l'arrêt de cassation doit signifier la décision afin de sommer son adversaire de procéder aux restitutions et faire courir les intérêts. Il peut ensuite engager une procédure d'exécution forcée sans qu'il soit nécessaire de l'accompagner d'un commandement de payer. La restitution porte sur les biens livrés, les sommes versées, y compris les frais d'avocat et d'expertise payés en vertu de l'arrêt cassé. Exception notable : l'article L. 111-11 du CPCE dispose que l'exécution de la décision attaquée « ne pourra en aucun cas être imputée à faute ».

Les condamnations accessoires

La Cour de cassation dispose de la faculté d'allouer une indemnité au titre de l'article 700 du CPC et se prononce sur la charge des frais de l'instance. Conformément au principe posé par l'article 696 du CPC, la partie perdante supporte en principe les dépens de la procédure de cassation. Toutefois, en vertu de l'article 629 du CPC, la Cour peut, sans motivation spéciale, instituer un partage des dépens, inverser la charge, compenser, dispenser une partie, ou les laisser exceptionnellement à la charge du Trésor public.
›› Les effets de la cassation sur la décision et les actes subséquents étant acquis, il convient de déterminer la portée exacte de la censure : totale ou partielle, et ses implications pour la juridiction de renvoi.

🔍 Portée de la cassation : totale ou partielle

La détermination de l'étendue de la cassation revêt un intérêt pratique considérable, car elle conditionne le périmètre du litige soumis à la juridiction de renvoi. Depuis la réforme opérée par le décret n° 2014-1338 du 6 novembre 2014, l'article 624 du CPC affirme clairement que « la portée de la cassation est déterminée par le dispositif de l'arrêt qui la prononce ». C'est donc le dispositif de la décision de la Cour — et non plus le moyen accueilli — qui fixe les contours du débat devant le juge de renvoi.

🔴 Cassation totale

L'arrêt indique que la décision est cassée « en son entier » ou « en toutes ses dispositions ». La juridiction de renvoi est alors investie de la connaissance de l'intégralité du litige, tant dans sa dimension factuelle que juridique, y compris les moyens que la Cour avait rejetés.

Cas obligatoire : vice de composition, vice de forme, incompétence, vice affectant le jugement en son entier.

🟡 Cassation partielle

L'arrêt vise le ou les chefs de dispositif cassés : « sauf en ce qu'il a… » ou « seulement en ce qu'il a… ». Seuls les chefs expressément atteints sont remis en cause. Les chefs non cassés acquièrent l'autorité de la chose irrévocablement jugée.

Extension : s'étend de plein droit aux chefs liés par un lien de dépendance nécessaire, y compris dépens et frais irrépétibles (art. 639 CPC).

✅ Conditions
L'étendue minimale de l'annulation est dictée par la portée du grief retenu : tout chef de dispositif visé par la branche accueillie du moyen et dont les motifs sous-jacents ont été jugés erronés doit nécessairement être atteint. En revanche, la Cour ne saurait prononcer une cassation plus large que celle justifiée par le moyen qu'elle retient, car cette limite découle de l'article 623 du CPC, qui prohibe toute remise en cause de la chose définitivement jugée au fond.
⚠️ Piège — Réécriture du dispositif par la Cour

Il arrive que la Cour distingue deux chefs de dispositif là où un seul existait dans la décision attaquée, procédant ainsi à une réécriture implicite. Cette pratique peut priver le défendeur au pourvoi de la possibilité de former un pourvoi incident, puisqu'il n'avait pas intérêt à critiquer le dispositif tel qu'il était formulé. Les praticiens ont donc intérêt à anticiper en formant des pourvois incidents éventuels à titre de précaution.

Bénéficiaires et victimes de la cassation

📐 Principe
Seul celui qui a pris l'initiative du pourvoi tire bénéfice de la censure obtenue ; corrélativement, seul celui qui a été appelé à défendre en supporte les conséquences. À l'égard de toutes les parties qui n'ont pas formé de pourvoi — principal, incident ou éventuel —, la décision acquiert l'autorité de la chose irrévocablement jugée. Cependant, ce principe connaît une atténuation majeure lorsqu'il existe un lien d'indivisibilité ou de dépendance nécessaire entre les condamnations : la cassation s'étend alors à toutes les parties concernées, même si elles n'ont pas formé de recours.
Situation Extension de la cassation Condition
Indivisibilité De plein droit à tous les coïntéressés (art. 615 CPC) Impossibilité d'exécuter deux décisions différentes à l'égard des divers intéressés
Solidarité Le codébiteur solidaire peut se joindre au pourvoi ou former le sien Le moyen accueilli doit avoir trait à l'existence de la dette commune
Obligation in solidum La cassation profite à tous les coobligés in solidum, sous réserve de s'y être associé Le coobligé doit s'être joint au pourvoi, même si son propre pourvoi a été déclaré irrecevable
Obligation de garantie Extension de plein droit si le rejet de la garantie procède du rejet de la demande principale Lien de dépendance nécessaire entre condamnation principale et appel en garantie (art. 624 CPC)
Cassation totale Investit la juridiction de renvoi de l'entier litige, y compris pour des personnes non parties en cassation Dispositif visant « toutes les dispositions »
✅ À retenir

Si la Cour de cassation entend limiter la portée de la cassation, elle doit l'indiquer clairement dans son dispositif. Les parties disposent, le cas échéant, de la requête en rabat d'arrêt ou de la requête en rectification d'erreur matérielle pour faire corriger toute discordance entre motifs et dispositif. Il convient pour les avocats de plaider systématiquement l'étendue de la cassation souhaitée.

›› La portée de la cassation étant cernée, il reste à examiner les suites de l'arrêt : le renvoi devant une juridiction du fond, la possibilité d'un arrêt sans renvoi, et les voies de rectification ouvertes contre les décisions de la haute juridiction.

🔄 Les suites de l'arrêt de cassation

La cassation avec renvoi

📐 Principe
La cassation s'accompagne en principe d'un renvoi devant une juridiction du fond. La haute juridiction, dont la mission se limite au contrôle de la conformité au droit, n'a pas vocation à trancher elle-même les questions de fait. En vertu des articles 626 du CPC et L. 431-4 du COJ, il lui appartient de désigner la juridiction de renvoi, qui doit présenter les mêmes caractéristiques — en nature et en degré — que celle ayant prononcé la décision censurée.
1
Désignation de la juridiction de renvoi

Mesure d'administration judiciaire, sans obligation de motivation. La Cour désigne en général une juridiction géographiquement voisine de celle ayant rendu la décision cassée. Il est possible que le dossier soit réattribué à la juridiction ayant rendu la décision censurée, « autrement composée ».

2
Signification de l'arrêt de cassation

Fait courir le délai de quatre mois (art. 1034 CPC) pour saisir la juridiction de renvoi. L'acte de notification doit mentionner, à peine de nullité, ce délai ainsi que les modalités de saisine.

3
Saisine de la cour de renvoi

La déclaration de saisine ouvre l'instance de renvoi. Le juge est lié par la doctrine posée par l'arrêt de cassation : s'il entend s'en écarter, un second pourvoi conduira à la saisine de l'assemblée plénière.

4
Décision de la juridiction de renvoi

La cour de renvoi statue dans les limites fixées par le dispositif de l'arrêt de cassation. En cas de cassation totale, elle connaît de l'entier litige en fait et en droit.

La cassation sans renvoi

La Cour statue sans renvoi dans deux hypothèses distinctes. En premier lieu, lorsqu'il ne reste rien à juger au regard du moyen retenu — par exemple, lorsqu'un texte fait obstacle à ce qu'il soit de nouveau statué sur le chef censuré, ou que la Cour constate elle-même l'acquisition de la prescription, l'incompétence des juridictions françaises, ou encore le caractère irrévocable d'une décision antérieure.
En second lieu, la Cour peut trancher le litige au fond dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice. Cependant, la Cour ne dispose pas des moyens d'instruction propres aux juridictions du fond. Cette faculté ne s'exerce donc que lorsque les éléments factuels tels que souverainement appréciés par les juges du fond appellent une solution juridique différente, sans qu'il soit besoin de procéder à une appréciation nouvelle des circonstances de l'espèce. Avant de statuer sans renvoi, la Cour est tenue de recueillir au préalable les observations des parties dans les formes prévues par l'article 1015 du CPC.
✅ À retenir — Cassation mixte

Il arrive que le prononcé sans renvoi ne porte que sur certains chefs de la décision cassée, tandis qu'un renvoi est ordonné pour le surplus. Cette configuration mixte permet à la Cour de purger immédiatement les chefs pour lesquels la solution s'impose, tout en renvoyant ceux qui requièrent encore une instruction ou une appréciation de fait.

›› Le renvoi ou l'absence de renvoi étant traité, il reste à examiner les voies de droit permettant de corriger ou de réexaminer les arrêts de la Cour de cassation elle-même.

🔧 Rectification et réexamen des arrêts

Aucune voie de recours ne peut être exercée contre les arrêts rendus par la Cour de cassation. Elles ne sont pas pour autant intangibles : plusieurs mécanismes permettent d'en corriger les imperfections ou d'en remettre en cause le bien-fondé dans des circonstances exceptionnelles.

Le rabat d'arrêt

📖 Définition — Rabat d'arrêt

Voie de droit d'origine purement prétorienne, le rabat d'arrêt a pour objet d'obtenir que la Cour revienne sur l'une de ses propres décisions en la rétractant. La saisine s'opère par requête d'une partie ou à l'initiative du Procureur général ; la Cour peut également s'en saisir de son propre mouvement.

✅ Conditions
La voie du rabat est strictement encadrée. Il ne peut intervenir que lorsque la décision a été rendue à la suite d'un vice procédural dont la responsabilité incombe exclusivement à la haute juridiction et qui a eu pour conséquence de porter préjudice aux garanties du procès équitable. Il s'ensuit qu'une erreur de droit, si manifeste soit-elle, ne peut fonder un rabat. À titre d'illustration, constituent des erreurs de procédure justifiant le rabat : l'omission de statuer assortie d'une condamnation injustifiée, l'omission de provoquer les observations des parties avant de relever d'office un moyen, ou encore la constatation erronée d'un défaut de notification du mémoire ampliatif.
➡️ Effet
Le rabat emporte rétractation de l'arrêt de la Cour de cassation. Cette rétractation produit un effet d'entraînement qui anéantit les actes subséquents — en particulier, la procédure qui aurait été engagée devant la juridiction de renvoi. La Cour statue alors à nouveau sur le pourvoi dans les mêmes conditions que s'il n'avait pas été jugé.

Le réexamen en matière civile

Instaurée par la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016, la procédure de réexamen en matière civile offre au justiciable, après épuisement de l'ensemble des recours de droit interne, la possibilité de solliciter la rétractation d'une décision lorsque la Cour européenne des droits de l'homme a constaté une violation de la Convention.
📌 Mise en situation

Un justiciable, débouté par un arrêt de la Cour de cassation, saisit la CEDH et obtient un constat de violation de l'article 6 de la Convention dans un contentieux relatif à l'état des personnes. L'arrêt de la CEDH est rendu le 15 mars 2025.

⚖️ Analyse

Le justiciable peut saisir la cour de réexamen dans un délai d'un an à compter de la décision de la CEDH, soit jusqu'au 15 mars 2026. Le champ de cette procédure est limité aux contentieux de l'état des personnes. Lorsque la cour de réexamen accueille cette demande, elle prononce l'anéantissement de la décision contestée et désigne, pour statuer à nouveau, une juridiction présentant les mêmes caractéristiques — en nature et en degré — que celle dont émanait la décision initiale. Dans l'hypothèse où c'est un arrêt de la haute juridiction qui se trouve remis en cause, l'affaire est orientée vers une formation différemment composée.

La rédaction de l'arrêt de cassation

L'arrêt de cassation se distingue de l'arrêt de rejet par sa structure syllogistique. Il comporte un visa identifiant la règle de droit violée, puis un « chapeau » — motif de principe explicitant la norme —, suivi de l'exposé du motif censuré de la décision attaquée, et enfin du motif de cassation se déduisant du rapprochement entre le principe posé et la solution erronée. Le dispositif « casse et annule » la décision, remet les parties dans leur état antérieur et désigne la juridiction de renvoi.
📌 Formules types du dispositif

Cassation totale : « Casse et annule, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le [date] entre les parties par la cour d'appel de [ville] ; remet l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de [ville]. »

Cassation partielle : « Casse et annule, mais seulement en ce que [chefs visés], l'arrêt rendu le [date] ; remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de [ville]. »

✅ Synthèse générale

L'arrêt de cassation constitue l'expression la plus visible du rôle normatif de la Cour de cassation. Sa portée dépend étroitement de la nature du moyen accueilli (disciplinaire ou substantiel), de l'étendue de la censure telle que fixée par le dispositif (totale ou partielle), et de ses suites (renvoi ou absence de renvoi). La maîtrise de ces mécanismes conditionne l'efficacité de toute stratégie contentieuse devant la haute juridiction, tant pour le demandeur — qui doit articuler ses moyens avec précision — que pour le défendeur — qui doit anticiper les conséquences d'une éventuelle cassation en formant les pourvois incidents nécessaires.