Saisie-Attribution : Effets | G-Droit
⚖️ PROCÉDURES CIVILES D'EXÉCUTION

Saisie-Attribution : Effets
et conséquences juridiques

Analyse exhaustive du mécanisme attributif, du transfert de créance et de l'indisponibilité complète pour le débiteur

3 Effets majeurs
🔒 Art. L. 211-2 CPCE
📋 10 Cas pratiques

Contextualisation

Dès que le créancier procède à la signification de l'acte de saisie au tiers détenteur de la créance, un mécanisme juridique d'une efficacité redoutable se met en marche. L'opération ne se contente pas de bloquer la créance : elle transforme radicalement les rapports juridiques entre toutes les parties concernées. Contrairement à d'autres mesures d'exécution qui préservent temporairement les droits du débiteur, la saisie-attribution opère un transfert immédiat et définitif.

📖Définition fondamentale

La saisie-attribution désigne le mécanisme permettant au créancier, lorsqu'il dispose d'un titre exécutoire, de saisir les sommes dues à son débiteur par un tiers détenteur. Cette opération déclenche simultanément trois bouleversements dans l'ordre juridique : le transfert instantané de la créance au profit du poursuivant, la recomposition des liens obligatoires entre toutes les parties, et l'interdiction pour le débiteur de continuer à disposer librement de ce qui ne lui appartient plus.

Pourquoi cette procédure se révèle-t-elle si efficace pour le créancier poursuivant ?
L'efficacité tient à ce que le créancier n'attend plus l'issue d'un processus de liquidation collective ni la bonne volonté du débiteur. Au moment précis où l'acte de saisie est signifié au tiers saisi, la créance change juridiquement de titulaire. Ce qui appartenait au patrimoine du débiteur bascule instantanément dans celui du créancier saisissant, à concurrence du montant de sa créance. Ce transfert s'opère de plein droit, sans nécessiter de validation judiciaire préalable ni de consentement des parties.

I. L'effet attributif immédiat : le transfert instantané de créance

A. Le principe de l'attribution automatique de la créance

À rebours des idées reçues, cette procédure ne se contente pas d'immobiliser temporairement les fonds en attendant un règlement judiciaire. Dès l'instant où le tiers détenteur prend connaissance de l'acte, un basculement patrimonial s'accomplit : ce que possédait le débiteur devient ipso facto propriété du créancier poursuivant, dans la limite du montant réclamé. Cette mutation n'a besoin d'aucune autorisation judiciaire complémentaire pour produire ses pleins effets.

🔨Arrêt de principe – Cass. 2e civ., 15 déc. 2005

Dans une décision fondatrice, la Haute juridiction a formulé la règle en ces termes : dès que l'acte est signifié au détenteur de la créance, celui-ci cesse d'être redevable envers le débiteur originaire pour devenir débiteur du créancier poursuivant, et ce transfert s'opère instantanément, dans la mesure du montant poursuivi, et sous réserve que les sommes soient effectivement disponibles. Ces trois caractéristiques — immédiateté temporelle, proportionnalité quantitative et effectivité patrimoniale — délimitent ensemble le périmètre exact du transfert juridique.

🔓 Avant la signification

Le débiteur conserve la plénitude de ses droits sur sa créance. Il peut en disposer librement : la percevoir directement auprès du tiers détenteur, la céder à un tiers par tout mode de transmission, ou encore consentir une remise de dette au profit de son propre débiteur. Le créancier, quant à lui, ne détient qu'une simple expectative : il sait que son débiteur possède une créance, mais celle-ci demeure juridiquement hors d'atteinte tant que la procédure n'est pas mise en œuvre.

🔒 Après la signification

La situation bascule radicalement. La créance appartient désormais au créancier saisissant, à concurrence du montant pour lequel la saisie a été pratiquée. Le débiteur perd tout pouvoir de disposition : il ne peut plus exiger le paiement, ni transmettre ce qui ne lui appartient plus. Le tiers saisi, de son côté, n'a plus qu'un seul débiteur légitime : le créancier saisissant. Tout paiement effectué entre les mains du débiteur originaire serait juridiquement inefficace et n'éteindrait pas la dette.

Conséquence pratique à retenir

L'attribution immédiate produit un effet radical : elle prive le débiteur de toute maîtrise sur sa propre créance. Même si celui-ci conteste ultérieurement la validité de la saisie devant le juge de l'exécution, cette contestation n'a pas d'effet suspensif. L'attribution demeure acquise jusqu'à ce qu'une décision judiciaire vienne annuler la saisie. Cette règle explique pourquoi tant de débiteurs découvrent avec stupeur que leurs comptes bancaires ont été vidés avant même qu'ils aient pu présenter leur défense.

B. Les limites de l'effet attributif

Bien que l'effet attributif soit automatique, il n'est pas sans bornes. Trois limitations essentielles encadrent ce mécanisme afin d'éviter que le créancier ne s'approprie plus que ce qui lui est légitimement dû.

Limite quantitative
L'attribution se limite au montant de la créance du saisissant (principal, intérêts, frais). Tout excédent reste au débiteur.
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Limite temporelle
Seules les créances disponibles au jour de la signification sont attribuées. Les créances futures échappent à la saisie.
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Limite qualitative
Certaines créances sont insaisissables par nature (indemnités pour préjudices corporels, prestations familiales...).

📌Cas pratique – Saisie sur compte bancaire

Un créancier détient un titre exécutoire pour un montant de 5 000 €. Il fait pratiquer une saisie-attribution entre les mains de la banque du débiteur. Au jour de la signification, le compte présente un solde créditeur de 8 000 €.

Analyse : Seuls 5 000 € sont attribués au créancier saisissant. Les 3 000 € restants demeurent librement disponibles pour le débiteur. Si un second créancier souhaite être payé, il devra pratiquer une nouvelle saisie portant sur ce reliquat.

Attention : Si le compte était provisionné à hauteur de seulement 3 000 € au moment de la signification, le créancier n'obtiendrait que cette somme. Il ne pourrait pas prétendre aux versements ultérieurs, sauf à pratiquer une nouvelle saisie.

II. La transformation du rapport d'obligation entre tiers saisi et créancier

A. La substitution de créancier dans le lien d'obligation

Au cœur de cette procédure se joue une recomposition radicale des rapports juridiques. Un lien obligatoire qui unissait auparavant deux personnes — le détenteur de la somme et le débiteur poursuivi — se trouve soudainement réorienté vers une tierce partie : le créancier qui a déclenché la procédure. Cette reconfiguration emporte des conséquences d'une grande portée pratique.

💡Mécanisme en pratique

Imaginons une entreprise qui doit 10 000 € à son fournisseur (le débiteur). Un créancier du fournisseur pratique une saisie-attribution sur cette créance de 10 000 €. Dès la signification de l'acte au tiers saisi (l'entreprise), celle-ci n'est plus débitrice du fournisseur, mais du créancier saisissant. Si l'entreprise verse les 10 000 € au fournisseur malgré la saisie, ce paiement sera juridiquement inopposable au créancier saisissant : elle restera tenue de payer une seconde fois.

Situation Créancier du tiers saisi Débiteur du tiers saisi Conséquence juridique Avant saisie Le débiteur (saisi) Le tiers détenteur Le tiers saisi doit payer au débiteur pour se libérer validement. Après signification Le créancier saisissant Le tiers détenteur Le tiers saisi ne peut se libérer qu'en payant le créancier saisissant. En cas de paiement au débiteur Le créancier saisissant Toujours le tiers détenteur Le paiement au débiteur est inopposable. Le tiers saisi demeure tenu envers le saisissant. En cas d'annulation de la saisie Le débiteur (rétroactivement) Le tiers détenteur Les effets de la saisie sont anéantis. Le paiement doit être restitué au créancier saisissant.

B. Les obligations du tiers saisi à l'égard du créancier

En devenant créancier du tiers saisi, le créancier saisissant acquiert non seulement le droit au paiement, mais également l'ensemble des prérogatives attachées à cette créance. Symétriquement, le tiers saisi conserve toutes les exceptions qu'il aurait pu opposer au débiteur originaire.

Le tiers saisi peut-il refuser de payer le créancier saisissant en invoquant un litige avec le débiteur ?
Parfaitement. Un principe gouverne ici la situation : celui qui n'acquiert des droits que par l'intermédiaire d'une autre personne ne saurait disposer de prérogatives supérieures à celles que possédait cette dernière. Si donc le détenteur de la somme disposait d'un moyen de s'opposer au paiement vis-à-vis du débiteur originaire — songeons à une exception d'inexécution fondée sur le non-respect d'obligations contractuelles —, il conserve intégralement cette défense face au créancier qui a pratiqué la saisie. Nul ne peut transmettre ce qu'il ne possède pas, ni davantage que ce qu'il possède.

⚠️Point de vigilance majeur

Le détenteur de la somme dispose d'un mois pour informer avec exactitude le créancier de l'étendue de ce qu'il doit. Toute inexactitude ou dissimulation volontaire dans cette déclaration expose à des sanctions redoutables : le juge pourra prononcer une condamnation au paiement direct, y compris pour des montants qui n'étaient pas réellement dus. Cette rigueur s'explique par l'impératif de loyauté qui doit présider à toute procédure d'exécution : le système ne peut fonctionner correctement que si chacun joue franc jeu.

J : Signification de la saisie
L'acte est remis au tiers saisi. L'effet attributif prend effet instantanément. Le tiers saisi devient débiteur du créancier saisissant.
J + 8 jours : Dénonciation au débiteur
Le créancier informe le débiteur de la saisie pratiquée. Le débiteur dispose alors d'un délai pour contester la mesure devant le juge de l'exécution.
J + 1 mois : Déclaration du tiers saisi
Le tiers saisi remet sa déclaration de créance au créancier. Il précise le montant disponible et les éventuelles exceptions qu'il entend opposer.
J + 1 mois + 15 jours : Paiement
À l'expiration du délai de contestation, si aucune opposition n'a été formée, le tiers saisi procède au paiement entre les mains du créancier saisissant.

📌Cas pratique – Exception de compensation

Situation : Une société A doit 15 000 € à la société B. Un créancier de B pratique une saisie-attribution sur cette créance. Mais entre-temps, la société A a acquis une créance de 10 000 € à l'encontre de B (pour des travaux réalisés et non payés).

Question : La société A peut-elle invoquer la compensation et ne payer que 5 000 € au créancier saisissant ?

Réponse : Oui, à condition que les conditions de la compensation légale soient réunies avant la signification de la saisie. Si la société A disposait d'une créance liquide, certaine et exigible au moment de la saisie, elle peut opposer la compensation au créancier saisissant. En revanche, si la créance réciproque est née après la signification, elle ne pourra plus être invoquée contre le créancier.

III. L'indisponibilité de la créance saisie pour le débiteur

A. Le gel absolu de la créance

À compter de la signification, le débiteur se trouve privé de toute faculté d'agir sur ce qui constituait pourtant son bien quelques instants auparavant. Cette paralysie ne touche pas seulement l'acte de perception : elle s'étend à l'ensemble des prérogatives habituellement attachées à la qualité de créancier. Aucune manœuvre ne peut plus être entreprise sur un droit qui a basculé dans un patrimoine étranger.

Perception interdite
Le débiteur ne peut plus réclamer le paiement au tiers saisi. Toute quittance délivrée serait sans effet.
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Cession impossible
Le débiteur ne peut céder la créance saisie à un tiers, car on ne transmet que ce que l'on possède.
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Compensation exclue
Le débiteur ne peut invoquer une compensation avec une dette qu'il aurait envers le tiers saisi née après la saisie.

💡Illustration concrète

Un travailleur indépendant a émis une facture de 8 000 € à l'encontre de son client. Avant que celui-ci ne paie, un créancier du travailleur indépendant pratique une saisie-attribution sur cette créance. Le travailleur indépendant ne peut plus :

  • Exiger le paiement de son client ;
  • Céder sa créance à un tiers (par exemple, à un organisme d'affacturage) ;
  • Accepter une compensation avec une dette qu'il aurait envers ce client ;
  • Consentir une remise de dette au profit du client ;
  • Accorder un délai de paiement supplémentaire.

Tous ces actes seraient juridiquement inefficaces et inopposables au créancier saisissant.

B. Exceptions : les actes conservatoires autorisés

Aussi rigoureux soit-il, le principe d'interdiction absolue connaît une zone d'assouplissement. La jurisprudence reconnaît au débiteur dessaisi la possibilité d'accomplir certaines démarches visant uniquement à préserver l'intégrité et la valeur de ce qui a été transféré. Ces interventions doivent présenter un caractère strictement défensif, sans empiéter sur les droits acquis par le créancier.

✅ Actes autorisés

  • Interrompre la prescription : le débiteur peut accomplir les actes nécessaires pour éviter que la créance ne se prescrive.
  • Mettre en demeure : le débiteur peut relancer le tiers saisi pour obtenir reconnaissance de la dette.
  • Produire au passif d'une procédure collective : si le tiers saisi fait l'objet d'une liquidation judiciaire, le débiteur peut déclarer la créance saisie.

❌ Actes prohibés

  • Percevoir le paiement : constitue un détournement des effets de la saisie.
  • Transiger sur le montant : toute renonciation à une partie de la créance est inopposable.
  • Céder la créance : le débiteur ne peut transmettre ce qu'il ne possède plus.
  • Consentir une novation : transformer la créance saisie en une nouvelle obligation est prohibé.

⚠️Sanction des actes prohibés

Lorsque le débiteur tente malgré tout de disposer de la créance transférée, son initiative se heurte à une barrière juridique infranchissable : l'inopposabilité au créancier poursuivant. Dans les faits, cela revient à considérer que l'acte accompli n'a jamais existé aux yeux de ce dernier. Prenons l'exemple d'une transmission de la créance à un acquéreur : le créancier pourra continuer d'exiger le paiement du détenteur initial sans tenir compte de cette opération. L'acquéreur évincé devra alors rechercher réparation auprès du débiteur qui lui a vendu un bien dont il n'était déjà plus propriétaire.

Synthèse des trois effets de la saisie-attribution

  1. Transfert immédiat et attribution de créance La créance bascule instantanément dans le patrimoine du créancier saisissant dès la signification de l'acte au tiers saisi, à concurrence du montant réclamé.
  2. Transformation du rapport d'obligation Le tiers saisi cesse d'être débiteur du débiteur originaire pour devenir débiteur du créancier saisissant, qui hérite de tous les droits et exceptions attachés à la créance.
  3. Indisponibilité totale Le débiteur perd tout pouvoir de disposition sur la créance saisie. Il ne peut plus la percevoir, la céder, la compenser ou y renoncer, sous peine d'inopposabilité au créancier.

Ces trois effets se conjuguent pour faire de la saisie-attribution l'une des voies d'exécution les plus redoutables du droit français. Leur compréhension est indispensable à tout praticien confronté à une situation de recouvrement forcé.