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Peines criminelles et délictuelles applicables aux personnes physiques | Gdroit
⚖️ DROIT PÉNAL GÉNÉRAL

Peines criminelles et
délictuelles

Guide complet des sanctions pénales applicables aux personnes physiques : échelle des peines, peines principales, alternatives et complémentaires selon le Code pénal.

📜 Art. 131-1 à 131-36
4 Niveaux de peine
🔄 8+ Peines alternatives

Introduction au système des peines

Le droit pénal français organise les sanctions applicables aux personnes physiques selon une architecture précise définie par le Code pénal. Cette structuration repose sur la classification tripartite des infractions héritée du Code napoléonien de 1810, distinguant crimes, délits et contraventions selon leur gravité.

📖
Définition fondamentale

Les peines constituent la sanction prononcée par une juridiction répressive à l'encontre de l'auteur d'une infraction. Elles visent à punir le coupable, protéger la société et favoriser sa réinsertion sociale (art. 130-1 C. pén.).

L'évolution législative a progressivement adouci le régime des peines, supprimant les sanctions corporelles et développant les alternatives à l'incarcération. La loi du 9 octobre 1981 a marqué un tournant majeur avec l'abolition de la peine de mort, désormais constitutionnellement interdite depuis 2007.

Classification des peines

Selon le type d'infraction

1
Peines criminelles
Sanctionnent les infractions les plus graves portant atteinte aux valeurs fondamentales de la société
→ Réclusion criminelle de 15 ans minimum à la perpétuité
2
Peines correctionnelles
Répriment les délits constituant des atteintes de gravité intermédiaire
→ Emprisonnement jusqu'à 10 ans, amende, peines de substitution
3
Peines contraventionnelles
Punissent les infractions mineures relevant du domaine réglementaire
→ Amende de 38 € (1ère classe) à 1 500 € (5ème classe)

Selon leur fonction

Peines principales

Sanctions de référence
  • Réclusion criminelle (crimes)
  • Emprisonnement (délits)
  • Amende
  • Travail d'intérêt général (art. 322-1 C. pén.)

Peines de substitution

Alternatives à l'emprisonnement
  • Détention à domicile sous surveillance électronique
  • Jours-amende
  • Travail d'intérêt général
  • Peines de stage
  • Sanction-réparation

Peines complémentaires

S'ajoutent à la sanction principale
  • Interdictions diverses
  • Déchéances
  • Confiscations
  • Affichage/diffusion
  • Suivi socio-judiciaire

Selon l'intérêt atteint

💰
Atteinte au patrimoine
Confiscation de biens, amende, jours-amende. Ces peines privent le condamné d'une partie de ses ressources financières ou de ses biens.
🚫
Privation de droits
Interdiction du droit de vote, d'éligibilité, de conduire, d'exercer certaines professions. Elles restreignent la capacité juridique du condamné.
🔒
Privation de liberté
Réclusion criminelle, emprisonnement. Ces peines constituent les sanctions les plus sévères en portant atteinte à la liberté d'aller et venir.

Peines criminelles

Les peines criminelles représentent l'échelon le plus élevé de la répression pénale. Elles sanctionnent exclusivement les crimes, infractions qui portent les atteintes les plus graves aux valeurs protégées par la société. Leur régime est défini aux articles 131-1 et 131-2 du Code pénal.

⚠️
Principe fondamental

La durée minimale de la réclusion criminelle est de 10 ans (art. 131-1, al. 2 C. pén.). Toute peine inférieure relève du régime correctionnel. Cette limite constitue la frontière entre crime et délit.

Échelle des peines de réclusion criminelle

Perpétuité
Réclusion à vie
Crime
30 ans max.
Échelon intermédiaire
Crime
20 ans max.
Niveau inférieur
Crime
15 ans max.
Seuil criminel
Crime
10 ans max.
Maximum correctionnel
Délit

Distinction réclusion / détention criminelle

⛓️
Réclusion criminelle
Peine de droit commun applicable aux crimes ordinaires : meurtres, viols, vols aggravés, trafic de stupéfiants, etc.
🏛️
Détention criminelle
Peine réservée aux crimes politiques : atteintes à la sûreté de l'État, trahison, espionnage, attentat, mouvement insurrectionnel.

Crimes punis de la réclusion à perpétuité

☠️ Atteintes à la vie

L'assassinat (meurtre avec préméditation) et les meurtres accompagnés de circonstances aggravantes graves encourent la réclusion à perpétuité. Sont concernés notamment les meurtres commis sur mineur de 15 ans avec viol ou actes de torture, les meurtres en bande organisée, et les meurtres précédant ou suivant un autre crime.

💊 Trafic de stupéfiants

La direction ou l'organisation d'un groupement ayant pour objet le trafic de stupéfiants est punie de la réclusion criminelle à perpétuité (art. 222-34 C. pén.). Cette incrimination vise les têtes de réseaux et non les simples revendeurs.

🔥 Actes de terrorisme

Les actes de terrorisme consistant en des faits normalement punis de 30 ans de réclusion, ainsi que la direction d'un groupement terroriste dans certaines circonstances, encourent la perpétuité (art. 421-3 et 421-6 C. pén.).

🏴 Atteintes aux intérêts de la Nation

La trahison et l'espionnage (art. 411-2 C. pén.), ainsi que l'attentat commis par un dépositaire de l'autorité publique et la direction d'un mouvement insurrectionnel, sont punis de la détention criminelle à perpétuité.

La peine dite "incompressible"

Perpétuité réelle (art. 221-3 et 221-4 C. pén.)

Pour l'assassinat ou le meurtre d'un mineur de 15 ans accompagné de viol ou d'actes de torture, la cour d'assises peut décider qu'aucune mesure d'aménagement de peine ne pourra être accordée. Cette rigueur est toutefois tempérée par l'article 720-4 CPP permettant, après 30 ans, de solliciter la fin de cette mesure.

Peines complémentaires en matière criminelle

Les peines de réclusion ou détention criminelle peuvent être assorties de peines complémentaires lorsque la loi le prévoit (art. 131-2 C. pén.). Une amende peut également être prononcée conjointement pour certains crimes.

1
Confiscation
Encourue de plein droit pour tous les crimes. Peut porter sur les biens ayant servi à l'infraction, son produit, ou l'ensemble du patrimoine dans les cas les plus graves.
2
Interdiction des droits civiques, civils et de famille
Peut porter sur le droit de vote, l'éligibilité, le droit d'exercer une fonction juridictionnelle ou de témoigner. Durée maximale de 10 ans en matière criminelle.
3
Interdiction du territoire français
Applicable aux étrangers, à titre définitif ou pour 10 ans maximum. Emporte reconduite à la frontière à l'expiration de la peine privative de liberté.
4
Suivi socio-judiciaire
Mesure de surveillance et d'assistance pouvant être assortie d'une injonction de soins. Durée jusqu'à 20 ans pour les crimes, voire illimitée pour les crimes les plus graves.

Peines correctionnelles

Les peines correctionnelles sanctionnent les délits, infractions de gravité intermédiaire entre crimes et contraventions. L'article 131-3 du Code pénal, réformé par la loi du 23 mars 2019, énumère ces sanctions de manière exhaustive.

Échelle des peines d'emprisonnement

10 ans max.
Limite crime/délit
7 ans max.
Délit grave
5 ans max.
Délit
3 ans max.
Délit
2 ans max.
Délit mineur
1 an max.
Délit mineur
6 mois max.
Délit léger
📌
Principe d'individualisation

Le juge dispose d'une liberté totale dans le choix du quantum de la peine, sans minimum légal (sauf exceptions). Depuis la loi du 23 mars 2019, l'emprisonnement ferme inférieur ou égal à 1 mois est interdit (art. 132-19, al. 1 C. pén.).

Les peines principales correctionnelles

Peine Fondement Caractéristiques
Emprisonnement Art. 131-3, 1° et 131-4 Peine de référence, peut faire l'objet d'un sursis simple, sursis probatoire ou aménagement
Amende Art. 131-3, 4° Montant déterminé selon les ressources et charges du condamné. Pas d'échelle légale
Travail d'intérêt général Art. 131-3, 3° et 322-1 Peine principale depuis 2002 pour certains délits (tags, dégradations légères)

La peine d'amende

L'amende correctionnelle n'est pas soumise à une échelle légale, contrairement à l'emprisonnement. Le législateur dispose donc d'une grande liberté pour fixer son montant. Celui-ci peut être fixe ou proportionnel à certains paramètres (valeur des biens, bénéfice tiré de l'infraction, chiffre d'affaires).

📉
Minoration de 20%
Le paiement dans le mois suivant le jugement ouvre droit à une réduction de 20%, dans la limite de 1 500 € (art. 707-2 CPP).
📈
Majoration de 10%
Depuis 2016, une majoration de 10% peut être appliquée lors du recouvrement pour financer l'aide aux victimes (art. 132-20, al. 3).
⚖️
Contrainte judiciaire
En cas de non-paiement, le JAP peut ordonner l'emprisonnement du condamné (art. 749 CPP). Cette mesure remplace l'ancienne contrainte par corps.

Peines de substitution à l'emprisonnement

Face au constat de l'effet parfois désocialisant des courtes peines d'emprisonnement, le législateur a développé un arsenal de sanctions alternatives. Ces peines peuvent être prononcées à la place de l'emprisonnement lorsque les circonstances le permettent.

DÉLIT PUNI D'EMPRISONNEMENT
Le juge peut substituer à l'emprisonnement
Détention à domicile sous surveillance électronique
Travail d'intérêt général
Jours-amende
Peines de stage
Peines privatives de droits
Sanction-réparation

Détention à domicile sous surveillance électronique

📡
Art. 131-4-1 C. pén. (depuis le 24 mars 2020)

Obligation de demeurer à domicile avec port d'un bracelet électronique, pour une durée de 15 jours à 6 mois. Le condamné peut s'absenter pour son activité professionnelle, des soins médicaux ou tout projet de réinsertion autorisé.

Travail d'intérêt général

Le TIG consiste en l'accomplissement d'un travail non rémunéré au profit d'une personne morale de droit public, d'une association habilitée ou d'une entreprise de l'économie sociale et solidaire. Sa durée varie de 20 à 400 heures.

Consentement obligatoire

Le TIG ne peut être prononcé qu'avec l'accord du condamné. Le président du tribunal doit l'informer de son droit de refus avant le prononcé du jugement (art. 131-8 C. pén.).

Jours-amende

Cette peine consiste à verser au Trésor une somme dont le montant global résulte de la fixation d'une contribution quotidienne (max. 1 000 €) pendant un nombre de jours déterminé (max. 360). Le défaut de paiement entraîne l'incarcération pour une durée correspondant au nombre de jours impayés.

Peines de stage (art. 131-5-1 C. pén.)

1
Stage de citoyenneté
Apprentissage des valeurs de la République et des devoirs du citoyen
2
Stage de sensibilisation à la sécurité routière
Pour les infractions au Code de la route
3
Stage de sensibilisation aux dangers des stupéfiants
Information sur les risques liés à l'usage de drogues
4
Stage de responsabilisation pour violences conjugales
Prévention et lutte contre les violences au sein du couple
5
Stage de lutte contre le sexisme
Sensibilisation à l'égalité entre les femmes et les hommes
6
Stage de responsabilité parentale
Rappel des obligations parentales
7
Stage de prévention de la maltraitance animale
Sensibilisation au respect du bien-être animal
8
Stage de sensibilisation au respect dans l'espace numérique
Prévention du cyberharcèlement et des infractions en ligne

Peines privatives ou restrictives de droits (art. 131-6)

Peine Durée maximale Observations
Suspension du permis de conduire 5 ans Peut être limitée à la conduite hors activité professionnelle
Interdiction de conduire certains véhicules 5 ans Y compris véhicules ne nécessitant pas le permis
Annulation du permis de conduire 5 ans Avec interdiction de solliciter un nouveau permis
Confiscation de véhicule - Véhicules appartenant au condamné
Interdiction de détenir une arme 5 ans Armes soumises à autorisation
Retrait du permis de chasser 5 ans Avec interdiction d'en solliciter un nouveau
Interdiction d'émettre des chèques 5 ans Sauf chèques de retrait et certifiés
Confiscation de l'objet de l'infraction - Sauf délit de presse
Interdiction professionnelle 5 ans Activité utilisée pour commettre l'infraction
Interdiction de paraître en certains lieux 3 ans Lieux où l'infraction a été commise
Interdiction d'utiliser les réseaux sociaux 6 mois Comptes utilisés pour l'infraction (depuis 2024)
Interdiction de fréquenter certaines personnes 3 ans Coauteurs, complices ou victime
Interdiction d'exercer une activité commerciale 5 ans Direction, gestion ou contrôle d'entreprise

Sanction-réparation

Introduite par la loi du 5 mars 2007, la sanction-réparation oblige le condamné à indemniser le préjudice de la victime dans un délai fixé par le juge. Avec l'accord de la victime, la réparation peut s'effectuer en nature (remise en état d'un bien endommagé). Le non-respect de cette obligation peut entraîner l'exécution d'un emprisonnement de substitution fixé par la juridiction (max. 6 mois).

Règles de cumul et d'exclusion

L'article 131-9 du Code pénal organise les conditions dans lesquelles les différentes peines correctionnelles peuvent ou non se cumuler. Ces règles techniques garantissent la cohérence du système répressif.

🚫
Incompatibilités absolues

L'emprisonnement ne peut pas être prononcé cumulativement avec la suspension ou annulation du permis, l'immobilisation ou confiscation de véhicule, le dispositif anti-démarrage, le retrait du permis de chasser, l'interdiction d'émettre des chèques, l'interdiction professionnelle, ou le travail d'intérêt général.

⚠️
Jours-amende et amende

La peine de jours-amende ne peut être prononcée cumulativement avec la peine d'amende, y compris pour des infractions différentes poursuivies simultanément (Cass. crim., 11 janv. 2022).

Peines cumulables avec l'emprisonnement

L'emprisonnement peut en revanche être prononcé en même temps que certaines peines privatives de droits : interdiction de détenir une arme, confiscation, interdiction de paraître en certains lieux, interdiction d'utiliser les réseaux sociaux, et interdiction de fréquenter certaines personnes.

Peines contraventionnelles

Les contraventions constituent la catégorie d'infractions la moins grave. Elles sont définies par le pouvoir réglementaire et punies exclusivement d'amende. L'article 131-13 du Code pénal établit une échelle en cinq classes.

Classe Amende maximale En cas de récidive
1ère classe 38 € -
2ème classe 150 € -
3ème classe 450 € -
4ème classe 750 € -
5ème classe 1 500 € 3 000 €

Pour les contraventions de 5ème classe uniquement, le règlement peut prévoir des peines privatives ou restrictives de droits (suspension du permis de conduire pour 1 an max., confiscation d'armes, retrait du permis de chasser pour 1 an max., etc.) ainsi que des peines complémentaires telles que le travail d'intérêt général (20 à 120 heures).

Suivi socio-judiciaire et surveillance électronique mobile

Le suivi socio-judiciaire

Créé par la loi du 17 juin 1998, le suivi socio-judiciaire constitue une peine complémentaire applicable aux crimes et délits de nature sexuelle, aux violences conjugales et à d'autres infractions graves. Il soumet le condamné à des mesures de surveillance et d'assistance destinées à prévenir la récidive.

📋
Mesures de surveillance
Obligations de l'article 132-44 : se présenter au JAP, informer de tout changement d'adresse, obtenir autorisation pour tout déplacement, etc.
🤝
Mesures d'assistance
Soutien à la réinsertion sociale du condamné : aide au logement, accompagnement professionnel, suivi psychologique.
💊
Injonction de soins
Sauf décision contraire, le condamné est soumis à une injonction de soins s'il est susceptible de faire l'objet d'un traitement.

Durée du suivi socio-judiciaire

Infraction Durée normale Durée exceptionnelle
Délit 10 ans maximum 20 ans (décision spécialement motivée)
Crime 20 ans maximum 30 ans (réclusion de 30 ans)
Crime puni de perpétuité - Sans limitation de durée possible

Placement sous surveillance électronique mobile

Qualifiée de "mesure de sûreté" par la loi, cette mesure peut compléter le suivi socio-judiciaire pour les condamnés à une peine d'au moins 7 ans (ou 5 ans en récidive) dont une expertise médicale a constaté la dangerosité. Elle emporte obligation de porter un émetteur GPS permettant de localiser le condamné à tout moment.

📍
Durée de la surveillance électronique mobile

Deux ans, renouvelable une fois en matière délictuelle et deux fois en matière criminelle (soit 6 ans maximum pour les crimes). Le condamné doit consentir à la mesure, faute de quoi l'emprisonnement prévu peut être mis à exécution.

Évolutions législatives majeures

1981
Abolition de la peine de mort

La loi Badinter du 9 octobre 1981 supprime la peine capitale. La réclusion à perpétuité devient la peine la plus élevée de l'échelle criminelle.

1994
Nouveau Code pénal

Entrée en vigueur du Code pénal actuel. Création de l'échelon de 30 ans de réclusion et suppression des peines minimales.

1998
Suivi socio-judiciaire

La loi du 17 juin 1998 crée cette peine complémentaire pour lutter contre la récidive des délinquants sexuels.

2007
Constitutionnalisation de l'abolition

L'article 66-1 de la Constitution interdit définitivement le rétablissement de la peine de mort en France.

2019
Réforme de la justice

La loi du 23 mars 2019 crée la détention à domicile sous surveillance électronique, les peines de stage, et supprime la contrainte pénale.

2024
Interdiction des réseaux sociaux

La loi du 21 mai 2024 permet l'interdiction d'utiliser les comptes de réseaux sociaux ayant servi à commettre l'infraction.

Synthèse : architecture du système des peines

📊
Principes directeurs

Le système français des peines repose sur trois piliers : la proportionnalité (adaptation de la sanction à la gravité de l'infraction), l'individualisation (prise en compte de la personnalité du condamné), et la finalité (punition, protection de la société et réinsertion).

L'arsenal répressif français offre aux juridictions une palette étendue de sanctions permettant d'adapter la réponse pénale à chaque situation. L'évolution législative témoigne d'une recherche d'équilibre entre la nécessité de réprimer efficacement les comportements délictueux et la volonté de favoriser la réinsertion des condamnés, notamment par le développement des alternatives à l'incarcération.

La hiérarchie des peines reflète celle des valeurs protégées par notre ordre juridique : la vie humaine, l'intégrité physique, les libertés fondamentales, puis les intérêts patrimoniaux et sociaux. Cette architecture garantit une répression graduée et cohérente des différentes formes de délinquance.

Principes directeurs du prononcé des peines

L'article 132-1 du Code pénal pose le principe fondamental selon lequel toute peine prononcée par la juridiction doit être individualisée. Cette individualisation s'opère en fonction des circonstances de l'infraction et de la personnalité de son auteur, ainsi que de sa situation matérielle, familiale et sociale.

⚖️
Nécessité
La peine ne doit pas excéder ce qui est strictement nécessaire pour atteindre les objectifs de la sanction pénale. Ce principe découle de l'article 8 de la DDHC de 1789.
📏
Proportionnalité
La sanction doit être proportionnée à la gravité de l'infraction commise. Le juge dispose d'un large pouvoir d'appréciation dans les limites fixées par la loi.
👤
Individualisation
La peine doit être adaptée à la personnalité du condamné, à sa situation personnelle et à ses perspectives de réinsertion sociale.

Fonctions de la peine (art. 130-1 C. pén.)

FINALITÉS DE LA PEINE
Sanctionner l'auteur de l'infraction
Favoriser son amendement
Favoriser son insertion ou réinsertion
Protéger la société
Assurer la réparation du préjudice
Mettre fin au trouble à l'ordre public
📖
Motivation spéciale de l'emprisonnement ferme

En matière correctionnelle, le prononcé d'une peine d'emprisonnement sans sursis doit être spécialement motivé au regard des faits de l'espèce, de la personnalité de leur auteur et de la situation matérielle, familiale et sociale de celui-ci (art. 132-19 C. pén.). La juridiction doit également démontrer que toute autre sanction est manifestement inadéquate.

La période de sûreté

La période de sûreté constitue une modalité d'exécution de certaines peines privatives de liberté durant laquelle le condamné ne peut bénéficier d'aucune mesure d'aménagement de peine (suspension de peine, placement à l'extérieur, permission de sortir, semi-liberté, libération conditionnelle).

Régime juridique

Type Condition Durée
Période de sûreté de plein droit Peine ≥ 10 ans pour crime ou délit de certaines catégories Moitié de la peine (ou 18 ans si perpétuité)
Période de sûreté facultative Décision motivée de la juridiction Deux tiers de la peine (ou 22 ans si perpétuité)
Période de sûreté perpétuelle Assassinat de mineur avec viol/torture Perpétuité (révision possible après 30 ans)
⚠️
Relèvement de la période de sûreté

Le tribunal de l'application des peines peut, à titre exceptionnel, mettre fin à la période de sûreté ou en réduire la durée si le condamné manifeste des gages sérieux de réadaptation sociale. Cette décision ne peut intervenir qu'après accomplissement de la moitié de la période de sûreté.

L'aggravation par la récidive

La récidive légale, définie aux articles 132-8 à 132-16-7 du Code pénal, constitue une circonstance aggravante générale qui permet d'augmenter le maximum de la peine encourue. Elle suppose la réunion de conditions strictes tenant à la nature des infractions et aux délais séparant les condamnations.

Récidive criminelle (art. 132-8 et 132-9)

Récidive perpétuelle de crime à crime
Toute personne condamnée pour un crime qui commet un nouveau crime peut voir le maximum de la réclusion porté à la perpétuité si le crime est puni de 20 ou 30 ans, ou à 30 ans s'il est puni de 15 ans.
Récidive de crime à délit
Personne condamnée pour un crime qui commet dans le délai de 10 ans un délit puni de la même peine : le maximum de la peine d'emprisonnement et d'amende est doublé.

Récidive correctionnelle (art. 132-10)

🔄
Conditions de la récidive correctionnelle

La personne déjà condamnée définitivement pour un délit qui commet, dans le délai de 5 ans à compter de l'expiration ou de la prescription de la précédente peine, le même délit ou un délit assimilé, encourt le doublement du maximum de la peine d'emprisonnement et d'amende.

Délits assimilés pour la récidive

Le Code pénal prévoit expressément des assimilations entre certains délits pour l'application des règles de la récidive :

👊
Violences volontaires
Les violences volontaires, les agressions sexuelles et les délits commis avec circonstance aggravante de violences sont assimilés entre eux.
💰
Atteintes aux biens
Vol, extorsion, chantage, escroquerie et abus de confiance sont assimilés au regard de la récidive.
🚗
Sécurité routière
Conduite sous l'empire d'un état alcoolique, conduite après usage de stupéfiants, refus de se soumettre aux vérifications sont assimilés.

L'inscription au casier judiciaire

Le casier judiciaire national automatisé, géré par les services du ministère de la Justice, recense les condamnations pénales prononcées contre les personnes physiques et morales. Son régime est fixé aux articles 768 et suivants du Code de procédure pénale.

Les trois bulletins du casier judiciaire

Bulletin n° 1

Relevé intégral
  • Toutes les condamnations
  • Délivré aux autorités judiciaires uniquement
  • Sert à vérifier la récidive
  • Non communicable à l'intéressé

Bulletin n° 2

Relevé partiel
  • Exclut les condamnations avec sursis non révoqué
  • Administrations et certains employeurs
  • Accès aux emplois publics
  • Activités réglementées

Bulletin n° 3

Relevé restreint
  • Seules les condamnations les plus graves
  • Délivré à l'intéressé lui-même
  • Peut être demandé par les employeurs privés
  • Gratuit pour le demandeur

Effacement et réhabilitation

Les condamnations inscrites au casier judiciaire peuvent être effacées par l'effet de la réhabilitation, qui peut être légale (de plein droit après écoulement de certains délais) ou judiciaire (sur demande de l'intéressé). La réhabilitation efface les incapacités et déchéances résultant de la condamnation.

Textes de référence

📜 Code pénal - Peines criminelles

Art. 131-1 : Échelle des peines criminelles (réclusion criminelle à perpétuité, 30 ans, 20 ans, 15 ans)

Art. 131-2 : Peines complémentaires en matière criminelle et possibilité de prononcer une amende

📜 Code pénal - Peines correctionnelles

Art. 131-3 : Énumération limitative des peines correctionnelles encourues par les personnes physiques

Art. 131-4 : Échelle des peines d'emprisonnement (10 ans, 7 ans, 5 ans, 3 ans, 2 ans, 1 an, 6 mois)

Art. 131-4-1 : Détention à domicile sous surveillance électronique

Art. 131-5 : Peine de jours-amende

Art. 131-5-1 : Peines de stage

Art. 131-6 : Peines privatives ou restrictives de droits

Art. 131-8 : Travail d'intérêt général

Art. 131-8-1 : Sanction-réparation

Art. 131-9 : Règles de cumul et d'exclusion des peines correctionnelles

📜 Code pénal - Suivi socio-judiciaire

Art. 131-36-1 à 131-36-8 : Régime du suivi socio-judiciaire (contenu, durée, injonction de soins)

Art. 131-36-9 à 131-36-13 : Placement sous surveillance électronique mobile

📜 Code pénal - Prononcé des peines

Art. 130-1 : Fonctions de la peine

Art. 132-1 : Principe d'individualisation des peines

Art. 132-8 à 132-16-7 : Récidive légale

Art. 132-17 et s. : Règles relatives au prononcé des peines

Art. 132-19 : Motivation spéciale de l'emprisonnement sans sursis

Art. 132-23 : Période de sûreté

Points de vigilance pour le praticien

⚠️
Vérification de la qualification

La frontière entre crime et délit est déterminée par le quantum de la peine encourue. Une erreur de qualification peut entraîner une incompétence de la juridiction saisie et la nullité de la procédure.

⚠️
Consentement au TIG

Le travail d'intérêt général ne peut être prononcé qu'avec l'accord du prévenu. L'absence de recueil du consentement constitue une cause de nullité du jugement.

⚠️
Motivation de l'emprisonnement

Depuis la loi du 23 mars 2019, l'emprisonnement ferme inférieur ou égal à un mois est interdit. Tout emprisonnement sans sursis doit faire l'objet d'une motivation renforcée.

⚠️
Cumul des peines

Les règles d'exclusion de l'article 131-9 du Code pénal interdisent certains cumuls. Le prononcé de peines incompatibles expose la décision à la cassation.

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Dernière mise à jour : Janvier 2025