💰 Blanchiment de capitaux

📖 Définition
Il appartient d'entendre par blanchiment de capitaux l'ensemble des procédés par lesquels des fonds d'origine illicite sont introduits dans le circuit économique légal, de telle sorte que leur provenance délictuelle ou criminelle soit occultée. L'opération vise à conférer une apparence licite à des actifs qui, en réalité, constituent le produit direct ou indirect d'une infraction pénale.

Le droit pénal français appréhende cette infraction de manière autonome, sans la subordonner à une condamnation préalable pour l'infraction dite « sous-jacente ». Autrement dit, il incombe au ministère public d'établir l'existence de faits délictueux à l'origine des capitaux, sans toutefois qu'il soit nécessaire d'obtenir la condamnation de leur auteur. Cette particularité procédurale confère au délit de blanchiment une portée considérablement étendue, dans la mesure où quiconque apporte sciemment son concours à la dissimulation de fonds suspects encourt des poursuites pénales.

En conséquence, deux modalités matérielles caractérisent l'infraction. La première repose sur la justification mensongère : il s'agit de fournir une explication fictive quant à la provenance des fonds, par la production de faux documents comptables, de factures de complaisance ou de tout autre artifice destiné à tromper les autorités. La seconde modalité vise le concours apporté aux opérations de placement, de dissimulation ou de conversion — c'est-à-dire la participation active au processus de « nettoyage » des capitaux, indépendamment de toute justification mensongère.

⚖️ Blanchiment simple

Il emporte une peine de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. Le caractère « simple » résulte de l'absence de circonstances aggravantes telles que l'habitude, la bande organisée ou l'usage des facilités procurées par une activité professionnelle.

⚠️ Blanchiment aggravé

Lorsqu'il est commis de façon habituelle, en bande organisée, ou en utilisant les facilités d'une activité professionnelle, le blanchiment est puni de dix ans d'emprisonnement et de 750 000 euros d'amende. L'amende peut être portée à la moitié de la valeur des biens concernés.

✅ À retenir
Depuis la loi n° 2013-1117 du 6 décembre 2013, l'article 324-1-1 du Code pénal a instauré un mécanisme probatoire inédit en matière de blanchiment : une présomption d'illicéité pèse sur les actifs lorsqu'aucune explication plausible — ni économique, ni juridique, ni financière — ne permet de justifier le montage réalisé autrement que par une volonté de masquer la provenance ou l'identité du véritable propriétaire des fonds. Cette présomption, de nature simple, demeure réfragable — l'intéressé conserve la faculté d'apporter la preuve contraire — mais elle en pratique allège significativement la charge probatoire incombant au ministère public et renforce l'arsenal répressif.
›› Le blanchiment ne se résume pas à un acte isolé : il s'inscrit dans un processus méthodique qui se décompose en trois phases distinctes. Examinons à présent ces étapes.

⚙️ Les trois étapes du blanchiment

La doctrine et les organismes internationaux — au premier rang desquels le GAFI et TRACFIN — distinguent traditionnellement trois phases successives dans le processus de blanchiment. Chacune remplit une fonction spécifique et présente un degré de risque différent pour les autorités chargées de la détection. Il convient de souligner que la complexification croissante des montages financiers a conduit à un enchevêtrement de ces étapes, certaines se chevauchant ou s'exécutant simultanément dans des juridictions différentes.

1
Placement (placement)

Il s'agit de l'introduction physique des fonds d'origine illicite dans le système financier. L'argent « sale » est déposé sur des comptes bancaires, converti en instruments monétaires (mandats, chèques de voyage) ou investi dans des structures manipulant d'importants volumes de liquidités — tels que les casinos, les commerces de détail ou la restauration. À ce stade, la traçabilité demeure relativement aisée, ce qui conduit les blanchisseurs à privilégier des territoires dont la législation anti-blanchiment est peu développée ou dont les contrôles institutionnels s'avèrent défaillants.

2
Empilage ou dispersion (layering)

Cette phase constitue le cœur du processus : elle vise à brouiller la piste reliant les capitaux à leur source illicite. Les techniques employées comprennent la multiplication de virements entre comptes situés dans des établissements et des juridictions distincts, la création de sociétés-écrans ou de structures juridiques complexes, ainsi que la technique dite du « schtroumpfage » (smurfing), consistant à fractionner les sommes en montants inférieurs aux seuils de déclaration. De la sorte, chaque mouvement de fonds pris isolément apparaît anodin, alors que la somme des transactions révèle un circuit organisé de dissimulation.

3
Intégration (integration)

Une fois les pistes suffisamment brouillées, les fonds réintègrent l'économie licite sous forme d'investissements apparemment légitimes : acquisition immobilière, placements financiers, prises de participation dans des sociétés commerciales, ou encore achats de biens de luxe. Les capitaux ainsi « nettoyés » peuvent dès lors circuler librement, y compris dans les juridictions les plus strictes en matière de LCB-FT, puisqu'ils présentent toutes les caractéristiques apparentes de revenus licites.

📖 Schtroumpfage (smurfing)
Technique de fractionnement consistant à découper une somme importante en une série de petits montants déposés ou transférés par l'intermédiaire de multiples personnes physiques (les « schtroumpfs ») ou comptes, afin de rester en deçà des seuils réglementaires de déclaration imposés aux établissements financiers. Cette méthode exploite la difficulté pour les systèmes automatisés de surveillance de corréler des opérations individuellement anodines.
💡 En pratique
Les professionnels assujettis doivent se montrer particulièrement vigilants face aux opérations fractionnées et aux mouvements de fonds apparemment sans cohérence avec le profil économique du client. L'obligation de vigilance constante, prescrite par l'article L. 561-6 du Code monétaire et financier, impose de ne pas limiter l'analyse à chaque transaction prise isolément, mais d'appréhender la cohérence d'ensemble des opérations réalisées au sein d'une même relation d'affaires.
›› Le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme empruntent souvent les mêmes canaux. Toutefois, ces deux phénomènes obéissent à des logiques distinctes qu'il appartient désormais d'examiner.

🚨 Financement du terrorisme

📖 Définition
Le financement du terrorisme désigne toute opération consistant à fournir, réunir ou gérer des fonds, biens ou ressources — qu'ils soient d'origine licite ou illicite — dans l'intention de les voir utilisés, en tout ou en partie, pour préparer ou commettre des actes de terrorisme, ou pour soutenir des personnes ou des organisations qui se livrent à de telles activités.

À la différence du blanchiment, qui vise à dissimuler l'origine de fonds déjà acquis par une infraction, le financement du terrorisme se caractérise par la destination des capitaux. Les fonds mobilisés ne proviennent pas nécessairement d'activités criminelles : des revenus parfaitement licites — salaires, dons, revenus d'activités commerciales — peuvent se trouver détournés vers la préparation d'actes terroristes. Cette particularité rend la détection significativement plus complexe, dans la mesure où l'absence d'infraction sous-jacente empêche les mécanismes traditionnels de repérage d'opérer efficacement.

💰 Blanchiment

Logique : dissimuler l'origine illicite des fonds.
Flux : de l'illégal vers le légal.
Fonds : toujours d'origine criminelle.
Objectif : jouir librement du produit de l'infraction.

🚨 Financement du terrorisme

Logique : orienter des fonds vers une destination criminelle.
Flux : du légal ou de l'illégal vers l'action terroriste.
Fonds : licites ou illicites.
Objectif : permettre la commission d'actes terroristes.

Le cadre pénal français

Le législateur français a construit l'incrimination du terrorisme autour d'un bloc d'articles du Code pénal (art. 421-1 à 421-2-6) qui énumère les comportements constitutifs, complété par un régime de sanctions spécifique (art. 421-3 à 421-8). Par voie de conséquence, dès lors qu'une opération de nature financière — qu'elle soit effectuée de manière directe ou par le truchement d'intermédiaires — a pour finalité de soutenir matériellement la préparation ou l'exécution d'un acte répondant à l'une de ces qualifications, elle tombe sous le coup de l'incrimination de financement du terrorisme. Il importe de relever que la réalisation effective de l'acte terroriste projeté n'est nullement requise : la seule intention de pourvoir aux besoins financiers d'un tel projet suffit à fonder les poursuites.

⚠️ Point de vigilance
La détection du financement du terrorisme se heurte à une difficulté structurelle : les montants en jeu peuvent être extrêmement modestes — quelques centaines d'euros suffisent parfois à financer un attentat. Dès lors, les dispositifs fondés sur des seuils de déclaration s'avèrent inopérants, et seule une approche comportementale combinant l'analyse du profil du client, de la cohérence de ses opérations et du contexte géopolitique permet d'identifier les flux suspects.

Le cadre international

La communauté internationale s'est saisie de cette problématique dès 1999 avec l'adoption, par l'Assemblée générale des Nations unies, de la Convention internationale pour la répression du financement du terrorisme. Ce texte fondateur, antérieur de deux années aux attentats du 11 septembre 2001, témoigne de la préoccupation précoce des États face à la menace terroriste. Par la suite, le Conseil de sécurité a adopté plusieurs résolutions — notamment les résolutions 2462 et 2482 de 2019 — dont l'objectif commun consiste à décloisonner le renseignement financier entre États : les cellules nationales de renseignement, les autorités douanières et les services de police sont appelés à intensifier le partage d'informations opérationnelles. Ces mêmes textes invitent les États à mobiliser les moyens d'enquête d'INTERPOL afin de démanteler les passerelles financières entre réseaux terroristes et structures de criminalité organisée.

Au lendemain du 11 septembre 2001, le Conseil de sécurité a également institué le Comité contre le terrorisme, organe spécialisé dont la vocation première est d'harmoniser les réponses étatiques face à la menace terroriste mondiale, en adaptant les stratégies de prévention aux mutations permanentes des méthodes et instruments auxquels recourent les groupes armés et les filières de financement. Plus récemment, la Déclaration de Delhi (28-29 octobre 2022) a attiré l'attention des États sur les risques inhérents aux innovations technologiques — cryptoactifs, messageries chiffrées de bout en bout, outils d'intelligence artificielle — dont l'exploitation à des fins de financement terroriste exige une refonte des dispositifs nationaux de détection et de surveillance.

›› La lutte contre ces phénomènes repose sur un écosystème institutionnel complexe, tant au niveau national qu'international. Identifions les principaux acteurs de ce dispositif.

🏛️ Acteurs et institutions de la lutte

L'efficacité du dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme repose sur l'articulation de plusieurs instances, chacune investie de prérogatives complémentaires. Il convient de distinguer les acteurs internationaux, qui fixent les standards et évaluent leur mise en œuvre, des autorités nationales, qui assurent la supervision, le renseignement et la répression.

Institution Nature Mission en matière de LCB-FT Texte / Fondement
GAFI (Groupe d'action financière) Organisme intergouvernemental (39 membres) Élaborer les recommandations internationales en matière de LCB-FT et évaluer leur application par les États. Publie la liste des juridictions à haut risque. Créé en 1989 par le G7 — 40 recommandations révisées en 2012
TRACFIN Service de renseignement financier (CRF) rattaché au ministère de l'Économie Recueillir, analyser et enrichir les déclarations de soupçon des professionnels assujettis. Transmettre les dossiers au parquet lorsque les investigations révèlent des faits susceptibles de qualification pénale. Art. L. 561-23 et s. du Code monétaire et financier
ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) Autorité administrative indépendante adossée à la Banque de France Superviser les établissements de crédit, les entreprises d'assurance et les intermédiaires financiers quant au respect de leurs obligations LCB-FT. Prononcer des sanctions disciplinaires. Art. L. 612-1 et s. du Code monétaire et financier
AMF (Autorité des marchés financiers) Autorité publique indépendante Veiller au respect des obligations LCB-FT par les sociétés de gestion, les conseillers en investissements financiers et les prestataires de services sur actifs numériques. Art. 320-14 et s. du règlement général de l'AMF
AMLA (Anti-Money Laundering Authority) Autorité européenne (siège à Francfort, opérationnelle en 2025) Assurer la supervision directe des établissements financiers transfrontaliers les plus risqués et harmoniser les pratiques LCB-FT au sein de l'Union européenne. Paquet anti-blanchiment UE (règlement 2024/1620)
DGTrésor Direction du ministère de l'Économie Représenter la France au sein du GAFI, coordonner la politique nationale de LCB-FT et préparer les textes législatifs et réglementaires. Décret d'attribution ministériel
💡 En pratique
Le COLB (Conseil d'orientation de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme), instance de coordination nationale, publie l'Analyse nationale des risques qui guide les professionnels assujettis dans l'élaboration de leur propre cartographie des risques. Il appartient à chaque entité assujettie de prendre connaissance de ce document et d'en tirer les conséquences opérationnelles adaptées à son activité.
›› Ces institutions imposent aux professionnels désignés un ensemble d'obligations dont le contenu et la portée méritent d'être précisés.

📋 Obligations des professionnels assujettis

📖 Professionnel assujetti
Quiconque exerce l'une des activités visées par l'article L. 561-2 du Code monétaire et financier est tenu de mettre en œuvre les obligations relatives à la LCB-FT. Sont notamment concernés les établissements de crédit, les entreprises d'assurance, les notaires, les avocats (dans le cadre de certaines activités non juridictionnelles), les agents immobiliers, les experts-comptables, les commissaires aux comptes, les marchands de biens de grande valeur et les prestataires de services sur actifs numériques.

L'architecture des obligations repose sur une approche par les risques (risk-based approach), promue par le GAFI et transposée en droit français par l'ordonnance n° 2016-1635 du 1er décembre 2016. Ce faisant, il n'est pas exigé des assujettis qu'ils appliquent un niveau de vigilance uniforme à l'ensemble de leur clientèle, mais qu'ils modulent leurs diligences en fonction du degré de risque évalué pour chaque relation d'affaires.

Obligation Contenu Fondement juridique
Identification et vérification (KYC) Identifier le client et, le cas échéant, le bénéficiaire effectif, puis vérifier ces éléments au moyen de documents probants, avant l'entrée en relation d'affaires. Art. L. 561-5 et L. 561-5-1 CMF
Vigilance constante Exercer un suivi attentif tout au long de la relation d'affaires pour s'assurer de la cohérence des opérations avec la connaissance du client. Art. L. 561-6 CMF
Vigilance renforcée Appliquer des mesures complémentaires dans les situations à risque élevé : PPE, pays tiers à haut risque, opérations complexes ou inhabituelles. Art. L. 561-10 CMF
Déclaration de soupçon Déclarer à TRACFIN toute opération portant sur des sommes soupçonnées de participer au BC-FT, de provenir d'une fraude fiscale ou d'une infraction punie d'un an d'emprisonnement au moins. Art. L. 561-15 CMF
Organisation interne Mettre en place des procédures internes, un dispositif de contrôle, et désigner un correspondant/déclarant TRACFIN. Art. L. 561-32 CMF
Formation du personnel Assurer la sensibilisation et la formation continue des collaborateurs concernés sur les enjeux et techniques de LCB-FT. Art. L. 561-33 CMF
Conservation des documents Conserver les pièces d'identification et les documents relatifs aux opérations durant cinq ans après la fin de la relation d'affaires ou l'exécution de l'opération. Art. L. 561-12 CMF
⚠️ Interdiction de divulgation (tipping off)
Il est formellement interdit à tout professionnel assujetti de porter à la connaissance du propriétaire des sommes ou de toute personne tierce l'existence ou le contenu d'une déclaration de soupçon adressée à TRACFIN (art. L. 561-19 CMF). Par exception, les avocats ne peuvent procéder à la levée de cette confidentialité qu'au bénéfice de l'autorité judiciaire ou des officiers de police judiciaire, dans les conditions prévues par la loi.
›› Ces obligations s'articulent autour de notions juridiques précises dont la maîtrise conditionne l'efficacité du dispositif. Il convient de les définir avec rigueur.

🔑 Notions-clés à maîtriser

Bénéficiaire effectif

📖 Définition
Au sens de l'article L. 561-2-2 du Code monétaire et financier, le bénéficiaire effectif s'entend de la ou des personnes physiques qui, en dernier lieu, possèdent ou contrôlent le client — c'est-à-dire la personne physique pour le compte de laquelle une opération est exécutée ou une relation d'affaires nouée.

L'identification du bénéficiaire effectif constitue la pierre angulaire du dispositif de transparence en matière de LCB-FT. Il appartient aux professionnels assujettis de remonter la chaîne de détention du capital ou des droits de vote afin de déterminer quelle personne physique exerce le contrôle effectif sur l'entité cliente. À cet effet, le seuil de détention retenu par le droit français s'établit à plus de 25 % du capital ou des droits de vote, directement ou indirectement, conformément à l'article R. 561-1 du Code monétaire et financier.

Critères d'identification du bénéficiaire effectif
Détention du capital Plus de 25 % du capital ou des droits de vote, directement ou indirectement
Pouvoir de contrôle Capacité de nommer ou révoquer la majorité des organes de direction
Contrôle par autres moyens Tout pouvoir de contrôle effectif, même sans détention capitalistique
Défaut d'identification À défaut, le représentant légal est considéré comme bénéficiaire effectif

Personne politiquement exposée (PPE)

📖 Définition
La notion de personne politiquement exposée désigne toute personne physique qui exerce ou a exercé des fonctions publiques importantes — qu'elles soient de nature politique, juridictionnelle ou administrative. Sont également visés les membres directs de la famille d'une PPE et les personnes connues pour lui être étroitement associées.

La qualification de PPE n'emporte aucune présomption de culpabilité. Néanmoins, les positions de pouvoir occupées par ces personnes les exposent structurellement à des risques accrus de corruption, de détournement de fonds publics et de trafic d'influence. C'est la raison pour laquelle le GAFI, dans ses recommandations 12 et 22, prescrit l'application de mesures de vigilance renforcées à l'égard de l'ensemble des PPE — qu'elles soient étrangères, nationales ou liées à des organisations internationales. En droit français, l'article L. 561-10 du Code monétaire et financier impose aux assujettis d'obtenir l'autorisation d'un membre de l'organe exécutif avant de nouer ou de poursuivre une relation d'affaires avec une PPE, et de prendre des mesures adéquates pour déterminer l'origine du patrimoine et des fonds.

Déclaration de soupçon

📖 Définition
La déclaration de soupçon constitue l'acte par lequel un professionnel assujetti porte à la connaissance de TRACFIN une opération dont il sait, soupçonne ou a de bonnes raisons de soupçonner qu'elle participe au blanchiment du produit d'une infraction ou au financement du terrorisme.

L'obligation déclarative ne requiert pas que l'assujetti ait acquis la certitude du caractère illicite de l'opération. Bien au contraire, la notion de « bonnes raisons de soupçonner » vise à élargir le champ de la déclaration en y incluant les situations où, après analyse, le doute n'a pu être levé. Il convient de souligner que le professionnel n'a pas à déterminer la qualification pénale précise de l'infraction sous-jacente : la déclaration peut être fondée sur un faisceau d'indices concordants — anomalies dans le profil du client, incohérence entre les opérations et l'activité déclarée, provenance géographique des fonds, défaut de justification économique.

En outre, les tentatives d'opérations suspectes doivent également faire l'objet d'une déclaration, qu'elles aient été refusées par l'assujetti ou abandonnées par le client. Lorsque l'opération a déjà été exécutée — soit parce qu'il était impossible de surseoir, soit parce que le soupçon est apparu postérieurement — la déclaration doit être transmise sans délai.

KYC (Know Your Customer)

📖 Définition
Le processus de connaissance du client (KYC) désigne l'ensemble des diligences accomplies par le professionnel assujetti pour identifier son client et, le cas échéant, le bénéficiaire effectif, vérifier ces éléments d'identification à partir de documents et informations fiables, et recueillir les informations nécessaires à la compréhension de l'objet et de la nature de la relation d'affaires.

Le KYC ne se réduit pas à une formalité d'entrée en relation : il s'agit d'un processus dynamique et continu, dont les données doivent être actualisées tout au long de la relation d'affaires. De surcroît, le niveau de diligence requis doit être proportionné au risque identifié : une vigilance simplifiée pourra s'appliquer à des clients présentant un risque faible (organismes publics, sociétés cotées), tandis qu'une vigilance renforcée sera exigée pour les situations à risque élevé (PPE, clients établis dans des juridictions non coopératives, opérations complexes ou d'un montant inhabituel).

Gel des avoirs

📖 Définition
Le gel des avoirs est une mesure administrative par laquelle une autorité publique ordonne l'immobilisation temporaire de fonds, instruments financiers ou ressources économiques appartenant à ou contrôlés par des personnes ou entités désignées, en application de décisions nationales, européennes ou internationales — notamment les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

À la différence de la confiscation, qui suppose une décision juridictionnelle définitive et emporte un transfert de propriété au profit de l'État, le gel des avoirs revêt un caractère conservatoire et réversible. Il interdit toute mise à disposition, transfert, modification ou utilisation des actifs gelés. Les assujettis sont tenus de vérifier, de manière continue, si leurs clients figurent sur les listes de sanctions financières publiées par la Direction générale du Trésor, l'Union européenne ou le Conseil de sécurité. Le non-respect de cette obligation expose le professionnel à des sanctions administratives et pénales.

Approche par les risques (risk-based approach)

📖 Définition
L'approche par les risques constitue le principe directeur du dispositif LCB-FT. Elle impose aux professionnels assujettis de procéder à une évaluation préalable des risques de BC-FT auxquels ils sont exposés, afin de calibrer leurs mesures de vigilance en fonction du niveau de risque identifié pour chaque client, produit, canal de distribution et zone géographique.

Cette méthodologie repose sur l'élaboration d'une classification des risques — communément désignée sous le terme de « cartographie des risques » — qui tient compte de facteurs liés au client (nature de l'activité, structure juridique, nationalité, statut de PPE), au produit ou service (caractère favorisant ou non l'anonymat), au canal de distribution (relation d'affaires à distance) et à la zone géographique (pays figurant sur les listes du GAFI ou de la Commission européenne). Sur le fondement de cette évaluation, l'assujetti détermine les mesures de vigilance appropriées : simplifiées, normales ou renforcées.

Infraction sous-jacente (predicate offence)

📖 Définition
L'infraction sous-jacente désigne l'activité criminelle ou délictuelle qui a généré les fonds destinés à être blanchis. Il peut s'agir, a fortiori, de toute infraction punie d'une peine privative de liberté supérieure à un an : trafic de stupéfiants, corruption, fraude fiscale, traite des êtres humains, contrefaçon, cybercriminalité, escroquerie, abus de confiance, entre autres.

Le droit français a consacré l'autonomie du délit de blanchiment par rapport à l'infraction sous-jacente : il n'est pas nécessaire que l'auteur de l'infraction d'origine ait été identifié, poursuivi ou condamné. Il suffit que les éléments du dossier permettent d'établir que les fonds sont le produit, direct ou indirect, d'un crime ou d'un délit. Cette autonomie — confirmée par une jurisprudence constante de la Cour de cassation — confère au dispositif répressif une efficacité considérable dans la lutte contre les circuits financiers clandestins.

✅ Synthèse des notions essentielles
La maîtrise du vocabulaire de la LCB-FT constitue un préalable indispensable pour tout professionnel assujetti. Du blanchiment à l'infraction sous-jacente, en passant par le bénéficiaire effectif, la déclaration de soupçon, le KYC, le gel des avoirs et l'approche par les risques, ces notions forment un ensemble cohérent dont la logique interne s'ordonne autour d'un objectif unique : préserver l'intégrité du système financier contre le détournement criminel et terroriste. Il appartient à chaque professionnel d'intégrer ces définitions dans sa pratique quotidienne et de s'assurer que l'ensemble de ses collaborateurs en possède une compréhension opérationnelle.