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Changement de nom – Procédure par décret

Changement de nom par décret - Procédure ordinaire | Gdroit
📜 Droit des personnes

Changement de nom
par décret

La procédure ordinaire permettant de modifier son nom de famille pour intérêt légitime, encadrée par les articles 61 à 61-4 du Code civil.

📊 ~70% Taux d'acceptation
⏱️ 12 mois Délai moyen
📝 2 mois Délai opposition

⚖️ Principes fondamentaux

📌 Point essentiel

Le principe d'immutabilité du nom, consacré par la loi du 6 fructidor an II (24 août 1794), interdit à tout citoyen de porter un nom différent de celui figurant sur son acte de naissance. Ce principe connaît toutefois des tempéraments permettant, sous conditions strictes, de solliciter une modification du nom de famille.

📜 Origine historique et évolution

L'immutabilité du nom répond à une triple fonction : instrument de police civile pour l'identification des citoyens, élément d'individualisation personnelle, et signe de rattachement familial. Cette conception a longtemps limité les possibilités de changement à des hypothèses exceptionnelles.

📖
Loi du 11 germinal an XI
Premier dispositif permettant un changement de nom par décret après avis obligatoire du Conseil d'État. Cette procédure, très restrictive, est demeurée en vigueur jusqu'en 1993.
🔄
Réforme de 1993
La loi du 8 janvier 1993 a assoupli la procédure en supprimant la consultation obligatoire du Conseil d'État et en substituant l'exigence d'« intérêt légitime » à celle de « quelque raison ».

📋 Cadre juridique actuel

Texte de référence Objet Contenu principal
C. civ., art. 61 Conditions du changement Exigence d'un intérêt légitime, possibilité de relèvement d'un nom éteint jusqu'au 4e degré
C. civ., art. 61-2 Extension aux enfants Le changement s'étend de plein droit aux enfants de moins de 13 ans
C. civ., art. 61-3 Consentement requis Consentement personnel nécessaire pour les mineurs de plus de 13 ans et les majeurs concernés
C. civ., art. 61-4 Mention à l'état civil Inscription en marge des actes de naissance et mention sur le livret de famille
Décret n° 94-52 Procédure Modalités pratiques de la demande, pièces à fournir, publicité préalable
⚠️ À distinguer

Cette procédure par décret doit être distinguée de la procédure simplifiée instaurée par la loi du 2 mars 2022, qui permet à tout majeur de substituer ou adjoindre le nom de l'un de ses parents par simple déclaration devant l'officier d'état civil (C. civ., art. 61-3-1 modifié). Cette dernière procédure fera l'objet d'une présentation séparée.

Conditions de fond

🇫🇷 Condition de nationalité

La procédure de droit commun est réservée aux personnes de nationalité française. Les étrangers ne peuvent y recourir. Toutefois, les personnes ayant acquis ou recouvré la nationalité française peuvent bénéficier d'une procédure spéciale de francisation (loi du 25 octobre 1972), puis recourir ultérieurement à la procédure ordinaire si elles justifient d'un nouvel intérêt légitime.

💡 Articulation des procédures

Une personne naturalisée peut d'abord franciser son nom lors de l'acquisition de la nationalité, puis solliciter ultérieurement un changement de nom sur le fondement de l'article 61 du Code civil. En cas de refus initial de francisation, elle conserve la possibilité d'invoquer la consonance étrangère comme motif d'intérêt légitime dans le cadre de la procédure de droit commun.

👤 Capacité du demandeur

👨‍💼
Majeur capable
Formule librement sa demande. Le changement de nom relève des actes touchant à la vie privée.
🛡️
Majeur protégé
Peut en principe décider seul si son état le permet (C. civ., art. 458-459). À défaut, intervention du juge des tutelles nécessaire.
👶
Mineur
Représenté par ses parents exerçant l'autorité parentale. Consentement personnel requis à partir de 13 ans.

Règles particulières pour les mineurs

  • Exercice conjoint de l'autorité parentale : Les deux parents doivent présenter la demande ensemble.
  • Désaccord parental : L'autorisation du juge aux affaires familiales (JAF), statuant comme juge des tutelles des mineurs, est obligatoire (décret n° 2016-185 du 23 février 2016).
  • Retrait d'autorité parentale : La notification au parent déchu n'est pas requise ; son accord ou ses observations n'ont pas à être sollicités (CE, 4 déc. 2009).
  • Mineur de plus de 13 ans : Son consentement personnel écrit est indispensable. Cette condition s'apprécie à la date de la décision du garde des Sceaux, non à celle du dépôt de la demande (CAA Paris, 24 oct. 2019).

⚖️ L'intérêt légitime : notion centrale

L'article 61 du Code civil exige la démonstration d'un « intérêt légitime » sans en donner de définition. La jurisprudence du Conseil d'État a progressivement construit cette notion en identifiant les motifs recevables et ceux qui ne le sont pas.

Catégories de motifs admis par la jurisprudence
✅ Motifs généralement acceptés
  • Nom ridicule, grotesque ou péjoratif
  • Consonance étrangère marquée
  • Relèvement d'un nom éteint ou menacé d'extinction
  • Reprise d'un nom illustre sur le plan national
  • Usage constant sur plusieurs générations (3+ générations)
  • Unité familiale au sein d'une même fratrie
  • Motifs affectifs en présence de circonstances exceptionnelles
❌ Motifs généralement refusés
  • Pure convenance personnelle ou vanité
  • Intérêt exclusivement commercial ou pécuniaire
  • Simples considérations sentimentales non exceptionnelles
  • Adoption du nom du conjoint ou ex-conjoint
  • Difficultés relationnelles ordinaires avec un parent
  • Port insuffisamment illustre d'un nom
  • Convictions religieuses seules

Focus : Le nom ridicule ou difficile à porter

Représentant environ 40 % des demandes acceptées, ce motif couvre les situations où le nom expose son titulaire à des moqueries, des difficultés d'intégration sociale ou professionnelle, ou porte atteinte à sa dignité. L'appréciation est effectuée de manière objective.

Focus : La consonance étrangère

Ces demandes, distinctes de la francisation lors de la naturalisation, visent une meilleure intégration dans la communauté nationale. Elles représentent également environ 40 % des acceptations. Le demandeur peut proposer un nom parmi ses ascendants, créer un nom à partir du sien (anagramme, traduction, simplification) ou adopter un nom phonétiquement proche.

Focus : Le relèvement d'un nom éteint

📌 Conditions du relèvement

La demande peut avoir pour objet d'éviter l'extinction d'un nom porté par un ascendant ou collatéral jusqu'au 4e degré (C. civ., art. 61, al. 2). Le demandeur doit établir :

  • L'existence d'un lien de parenté documenté
  • La menace réelle d'extinction (généalogie complète requise)
  • Que le nom a été légalement porté (non un simple nom d'usage)

La « priorité au relèvement » n'est pas une condition légale : le demandeur n'a pas à être le plus proche parent ni à obtenir l'accord des descendants plus proches (CE, 19 mai 2004). Ce critère n'intervient qu'en cas de demandes concurrentes.

Focus : Les motifs affectifs – évolution jurisprudentielle majeure

Longtemps insuffisants pour caractériser l'intérêt légitime, les motifs d'ordre affectif ont connu une reconnaissance progressive sous l'influence de la Cour européenne des droits de l'homme.

Avant 2013
Rejet quasi-systématique
Les motifs purement affectifs étaient considérés comme insuffisants, sauf circonstances véritablement exceptionnelles (violences sexuelles du parent par exemple).
5 décembre 2013
Arrêt CEDH Kismoun c/ France
Condamnation de la France pour violation de l'article 8 de la Convention EDH. La Cour reproche aux autorités françaises de ne pas avoir suffisamment examiné l'argument affectif tiré de l'abandon du requérant.
31 janvier 2014
Arrêt CE n° 362444
Le Conseil d'État affirme expressément que « des motifs d'ordre affectif peuvent, dans des circonstances exceptionnelles, caractériser l'intérêt légitime ».
Depuis 2014
Consolidation jurisprudentielle
Reconnaissance régulière de l'intérêt légitime en cas de désintérêt total du père, abandon matériel et moral, non-paiement de pension alimentaire, rupture de tout lien affectif.
✅ Circonstances exceptionnelles reconnues
  • Abandon total de l'enfant dès son jeune âge par le parent
  • Désintérêt matériel et moral complet (aucune contribution, aucun exercice du droit de visite)
  • Condamnation pour abandon de famille ou non-paiement de pension alimentaire
  • Troubles psychologiques avérés liés au port du nom
  • Usage constant et exclusif d'un autre nom depuis l'enfance
❌ Circonstances jugées insuffisantes
  • Simple souhait de porter le nom de l'autre parent sans circonstances particulières
  • Difficultés relationnelles ordinaires post-divorce
  • Père payant la pension alimentaire même sans contact régulier
  • Troubles psychologiques apparus postérieurement à la demande
  • Reconnaissance de complaisance non contestée en son temps

📋 Procédure administrative

Schéma général de la procédure
Publicité préalable
Dépôt de la demande
Instruction
Décret ou refus
Publication JO
Délai d'opposition

1️⃣ Étape 1 : Publicité préalable obligatoire

Préalablement au dépôt de la demande, le requérant doit faire procéder à deux publications :

📰
Journal officiel

Insertion comportant l'identité et l'adresse du demandeur (et de ses enfants mineurs concernés), ainsi que le ou les noms sollicités.

Coût : environ 110 € (tarif variable)

🗞️
Journal d'annonces légales

Publication dans un journal habilité de l'arrondissement du domicile du demandeur (uniquement si celui-ci réside en France).

Coût : variable selon le journal

2️⃣ Étape 2 : Constitution et dépôt du dossier

La demande est adressée au garde des Sceaux, ministre de la Justice, Direction des affaires civiles et du Sceau. Elle doit être rédigée sur papier libre (la voie électronique n'est pas prévue).

Pièces à joindre obligatoirement

Pièce Précisions
Copie intégrale de l'acte de naissance du demandeur Datée de moins de 3 mois
Copies des actes de naissance des enfants mineurs Pour les enfants de moins de 13 ans et ceux de plus de 13 ans pour lesquels la demande est formée
Consentement écrit des enfants de plus de 13 ans Document personnel et manuscrit
Justificatif de nationalité française Certificat de nationalité, fiche individuelle d'état civil, copie du décret de naturalisation, etc.
Bulletin n° 3 du casier judiciaire Pour chaque personne majeure concernée
Exemplaires des journaux contenant les publications JO et journal local
Autorisation du JAF (si applicable) Lorsque les deux parents n'exercent pas conjointement l'autorité parentale ou en cas de désaccord
Livret de famille Copie
⚠️ Points d'attention
  • La demande doit exposer clairement les motifs sur lesquels elle se fonde
  • Si plusieurs noms sont proposés, leur ordre de préférence doit être indiqué
  • Les pièces généalogiques sont indispensables pour les demandes de relèvement de nom
  • Tout élément nouveau ne pourra être invoqué devant le juge administratif s'il n'a pas été présenté dès l'origine

3️⃣ Étape 3 : Instruction de la demande

Le garde des Sceaux instruit le dossier. Il peut solliciter l'avis du procureur de la République qui peut mener une enquête. Aucun délai légal d'instruction n'est fixé, mais le Défenseur des droits a dénoncé des délais pouvant atteindre plusieurs années (décision n° 2018-252).

~12 mois en moyenne pour le traitement d'une demande (constat pratique, délais parfois bien supérieurs)

4️⃣ Étape 4 : Décision

En cas d'acceptation

Le changement est autorisé par décret simple (signé par le Premier ministre et le garde des Sceaux). Le décret est publié au Journal officiel dans la rubrique des mesures nominatives.

Un « droit de Sceau » est perçu par la Chancellerie.

En cas de refus

La décision de refus doit être motivée (décret du 20 janvier 1994, art. 6). Elle est notifiée au demandeur qui peut exercer un recours.

⚖️ Recours contre le refus

Depuis l'arrêt « Bonnet » du 25 septembre 1985, le Conseil d'État admet que le refus du garde des Sceaux constitue une décision faisant grief, susceptible d'un recours pour excès de pouvoir.

Aspect Règle applicable
Juridiction compétente Tribunal administratif de Paris (compétence de premier ressort)
Délai de recours 2 mois à compter de la notification du refus
Recours gracieux préalable Possible ; interrompt le délai contentieux si formé dans les 2 mois
Intensité du contrôle Contrôle normal (depuis CE, 31 janv. 2014) : le juge substitue son appréciation à celle de l'administration
💡 Évolution du contrôle juridictionnel

Jusqu'en 2014, le juge administratif se limitait à un contrôle de l'erreur manifeste d'appréciation. L'arrêt du 31 janvier 2014 a étendu ce contrôle à un contrôle normal, permettant au juge d'apprécier lui-même si les circonstances caractérisent ou non l'intérêt légitime requis.

5️⃣ Étape 5 : Publication et délai d'opposition

La publication du décret au Journal officiel fait courir un délai de 2 mois pendant lequel toute personne justifiant d'un intérêt peut former opposition.

2 mois : délai d'opposition à compter de la publication au JO

🚫 Opposition au changement de nom

👥 Qualité pour s'opposer

L'opposition est ouverte à toute personne justifiant d'un intérêt légitime. En pratique, il s'agit principalement des personnes portant le même nom que celui sollicité et qui estiment subir un préjudice du fait de ce changement.

📌 Conditions de recevabilité de l'opposition
  • Porter le même nom que celui sollicité par le demandeur
  • Justifier d'un préjudice suffisant : le simple fait de porter le même nom ne suffit pas ; il faut démontrer un risque de confusion dommageable (CE, 24 oct. 2005)
  • Respecter le délai : 2 mois à compter de la publication au JO

⚖️ Procédure contentieuse

Élément Règle
Juridiction compétente Conseil d'État (contentieux des décrets)
Forme de l'opposition Recours pour excès de pouvoir contre le décret
Délai 2 mois à compter de la publication au JO
Issue possible Annulation totale ou partielle du décret, ou rejet de l'opposition
⚠️ Absence d'obligation d'information

Le Conseil d'État refuse d'imposer à l'administration une obligation d'informer les tiers susceptibles de s'opposer, que ce soit avant ou après le décret (CE, 21 avril 1997, 7 juillet 2004). Cette absence d'information peut être source de difficultés pour les opposants potentiels.

📝 Effets du décret de changement de nom

👨‍👩‍👧‍👦 Extension aux membres de la famille

👶
Enfants de moins de 13 ans
Le changement s'étend de plein droit aux enfants mineurs de moins de 13 ans du bénéficiaire (C. civ., art. 61-2).
🧑
Enfants de plus de 13 ans
Le changement ne leur est applicable que s'ils ont donné leur consentement personnel écrit (C. civ., art. 61-3, al. 1).
💡 Majorité onomastique

L'enfant de 13 ans accède ainsi à une « majorité onomastique », selon l'expression du professeur Gérard Cornu. Il peut s'opposer à un changement de nom voulu par ses parents, protégeant ainsi son identité constituée.

📄 Rectification de l'état civil

Une fois le décret définitif (expiration du délai d'opposition ou rejet des oppositions), les actes d'état civil doivent être mis à jour :

  • Mention en marge des actes de naissance du bénéficiaire, de son conjoint ou partenaire de PACS, et de ses enfants (C. civ., art. 61-4)
  • Réquisition du procureur de la République pour ordonner la mention
  • Délivrance d'un nouveau livret de famille (arrêté du 10 janvier 2020)
  • Opposabilité aux tiers à compter de la date de publicité aux registres d'état civil (C. civ., art. 100)
📌 Protection des données personnelles

Les décrets de changement de nom font partie des actes individuels relatifs à l'état des personnes qui doivent être publiés dans des conditions garantissant qu'ils ne font pas l'objet d'une indexation par les moteurs de recherche (CRPA, art. L. 221-14 et R. 221-15).

📊 Synthèse de la procédure

Étape préalable
Publications légales
  • Insertion au Journal officiel (~110 €)
  • Insertion dans un journal d'annonces légales local
Étape 1
Dépôt de la demande
  • Adressée au garde des Sceaux (papier libre)
  • Exposé des motifs + pièces justificatives
  • Consentement des mineurs 13+ et autorisation JAF si nécessaire
Étape 2
Instruction (~12 mois en moyenne)
  • Examen par la Direction des affaires civiles et du Sceau
  • Enquête éventuelle du procureur de la République
Étape 3
Décision
  • Acceptation : décret simple publié au JO
  • Refus : décision motivée notifiée → recours possible devant le TA de Paris (2 mois)
Étape 4
Délai d'opposition (2 mois)
  • À compter de la publication au JO
  • Opposition possible devant le Conseil d'État
  • Condition : porter le même nom + préjudice suffisant
Étape finale
Mise à jour de l'état civil
  • Mentions en marge des actes de naissance
  • Délivrance d'un nouveau livret de famille
  • Opposabilité aux tiers

🎯 Points clés à retenir

1️⃣
Principe d'immutabilité
Le nom de famille est en principe immuable. Le changement par décret reste une exception encadrée, subordonnée à la démonstration d'un intérêt légitime.
2️⃣
Procédure administrative
Compétence exclusive du garde des Sceaux. Procédure longue (12 mois en moyenne), nécessitant une publicité préalable et la constitution d'un dossier complet.
3️⃣
Motifs d'intérêt légitime
Nom ridicule, consonance étrangère, relèvement d'un nom éteint, et désormais motifs affectifs en présence de circonstances exceptionnelles.
4️⃣
Protection des mineurs
Consentement personnel obligatoire à partir de 13 ans. Autorisation du JAF requise en cas de désaccord parental ou d'exercice unilatéral de l'autorité parentale.
5️⃣
Voies de recours
REP devant le TA de Paris contre le refus. Opposition devant le Conseil d'État contre le décret. Contrôle normal du juge depuis 2014.
6️⃣
Effet collectif limité
Extension de plein droit aux enfants de moins de 13 ans. Consentement requis au-delà. Mise à jour de l'état civil après expiration du délai d'opposition.
📌 Pour aller plus loin

Cette procédure par décret coexiste avec d'autres voies de modification du nom : la procédure simplifiée de l'article 61-3-1 du Code civil (depuis la loi du 2 mars 2022), la francisation lors de l'acquisition de la nationalité française, et le relèvement du nom des morts pour la France. Chaque dispositif répond à des conditions et modalités spécifiques.

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